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Port-au-Prince — Même décor, mêmes acteurs institutionnels, même narration officielle. En septembre 2025, Louis Gérald Gilles saluait déjà un « progrès majeur » avec plus de 6 millions de citoyens identifiés. Mars 2026, Alix Didier Fils-Aimé reprend le flambeau avec « Kat ou la », promettant des centaines de milliers de cartes supplémentaires. Entre les deux séquences, aucun basculement structurel observable, mais une continuité discursive soigneusement entretenue.
L’État déroule un récit linéaire : identification massive, modernisation technologique, préparation électorale. Pourtant, ce récit se heurte à une contradiction persistante. Si l’essentiel du corps électoral était déjà couvert en 2025, la relance accélérée de la production de cartes en 2026 interroge la fiabilité des bases de données, la gestion des doublons et la traçabilité des inscrits. Le chiffre devient instrument politique, plus qu’indicateur vérifiable.
Sur le terrain, l’écart demeure manifeste. Déplacements forcés de populations, zones échappant au contrôle administratif, centres d’enregistrement difficilement accessibles. Dans ces conditions, l’identification nationale, même technologiquement renforcée, ne garantit ni inclusion réelle, ni participation électorale effective. L’acte d’identifier ne se confond pas avec celui de voter.
La référence constante à la sécurité comme préalable au scrutin renforce cette ambiguïté. Les autorités évoquent des « avancées », sans que celles-ci produisent un effet tangible sur la libre circulation des citoyens ou la sécurisation des bureaux de vote. La chaîne électorale reste fragmentée, dépendante de facteurs extrinsèques que la seule production de cartes ne peut résoudre.
En arrière-plan, l’extension du dispositif à la diaspora et l’annonce d’une carte dès la naissance projettent une ambition de long terme. Toutefois, ces perspectives coexistent avec des déficits immédiats : registre électoral contesté, institutions fragilisées, absence de consensus politique. L’identification devient alors un horizon technique, détaché des conditions juridiques et matérielles de l’exercice du suffrage.
La séquence Gilles–Fils-Aimé ne marque pas une rupture, mais la reconduction d’un même schéma institutionnel. Une succession d’annonces, calibrées pour signifier l’avancement, sans que les fondements du processus électoral ne soient stabilisés. En dernier lieu, l’interrogation demeure entière : la carte d’identification procède-t-elle d’un mécanisme opératoire de garantie démocratique, ou d’un dispositif administratif dont la mobilisation tend à éluder le traitement des dysfonctionnements structurels affectant la crédibilité du processus électoral ?
Le Conseiller-Président Louis Gérald Gilles, a effectué ce mardi 10 septembre 2025 une visite de travail à l’Office National d’Identification (ONI) afin de s’informer sur l’avancement des opérations liées à l’identification de la population et à la préparation électorale.
Le… pic.twitter.com/BfzpZoqW5B
— Présidence d’Haïti (@PresidenceHT) 10 septembre 2025
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Lancement du projet « Kat ou la » : le Premier ministre accélère la modernisation de l’identification nationalehttps://t.co/TMZ5naBwJ9 pic.twitter.com/onTFFBjG6i
— Primature de la République d’Haïti (@PrimatureHT) 24 mars 2026
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