Selon Radio-Canada /CBC, le séisme du 12 janvier 2010 a frappé un système de santé haïtien déjà affaibli par vingt ans de désordre politique, de pauvreté et de sous-financement. La destruction d’hôpitaux à Port-au-Prince a rendu visible une crise sanitaire ancienne, longtemps contenue par l’aide humanitaire internationale.
Le séisme du 12 janvier 2010 n’a pas seulement provoqué une catastrophe humaine immédiate en Haïti. Il a aussi révélé, avec une brutalité extrême, l’état de délabrement d’un système de santé déjà fragilisé par deux décennies d’instabilité politique, de pauvreté chronique, de sous-financement public et de pénurie de personnel médical. Selon un article de Sheila Whyte, publié par CBC/Radio-Canada le 14 janvier 2010, des blessés graves, victimes d’immeubles effondrés à Port-au-Prince, sont restés dans les rues avec des fractures ouvertes, des traumatismes crâniens et des membres écrasés, faute d’infrastructures hospitalières capables de répondre à l’urgence.
Avant même le tremblement de terre, Haïti consacrait moins de 85 dollars par habitant et par an aux soins de santé. Les hôpitaux publics et les cliniques souffraient déjà de problèmes de gestion, de ruptures de médicaments et d’une forte dépendance à l’égard des organisations humanitaires internationales. Médecins Sans Frontières, dont plusieurs structures avaient été rendues inutilisables après le séisme, avait dû tenter d’installer des hôpitaux sous tente à Port-au-Prince, dans un contexte marqué par l’absence d’équipements, de lits, de médicaments et de personnel spécialisé.
La crise sanitaire haïtienne ne se limitait pas aux dégâts matériels causés par la catastrophe. Les indicateurs de santé publique étaient déjà alarmants : espérance de vie d’environ 52 ans, mortalité maternelle parmi les plus élevées de la région, mortalité infantile aggravée par des maladies pourtant évitables, malnutrition, tuberculose, paludisme, VIH/sida, infections respiratoires et diarrhées liées au manque d’assainissement. En milieu rural, une grande partie de la population n’avait pas accès aux services de base, tandis que les femmes enceintes mouraient souvent faute de soins obstétricaux accessibles.
L’insécurité et les violences politiques avaient également contribué à affaiblir le système hospitalier. Dans certaines périodes, des professionnels de santé hésitaient à sortir de chez eux pour se rendre au travail. L’exode des médecins, partis chercher sécurité ou rémunération à l’étranger, avait accentué la dépendance du pays envers l’aide médicale extérieure, notamment celle de Cuba et des ONG internationales. Cette fragilité institutionnelle donnait au séisme une portée encore plus destructrice : il ne frappait pas un système solide, mais un appareil sanitaire déjà au bord de la rupture.
La formule attribuée au ministre haïtien de la Santé de l’époque, Robert Auguste, résume cette faillite de longue durée : « On ne peut pas réparer vingt ans de désordre du jour au lendemain. » Le drame, cependant, tient au fait qu’un séisme peut détruire en quelques secondes ce que l’État n’avait jamais véritablement consolidé en vingt ans. À travers cette lecture de Radio-Canada, la catastrophe de 2010 apparaît ainsi comme le point de jonction entre désastre naturel, abandon institutionnel et vulnérabilité sociale extrême.
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