Actualités

J-5 de la fin des 120 jours de Fils-Aimé : Le grand numéro d’hypocrisie de l’internationale et de ses relais locaux

today2026-06-03

Arrière-plan
share close

Nous sommes aujourd’hui à J-5 du 7 juin 2026, date théorique de la fin des 120 jours accordés par l’article 149 de la Constitution amendée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour exercer le pouvoir exécutif en l’absence de président élu.

Il y a seulement quatre mois, le 7 février, la communauté internationale se comportait en gardien inflexible, intraitable et presque fanatique du calendrier haïtien — tel un huissier de justice armé jusqu’aux dents de la Constitution.

Aujourd’hui, elle détourne pudiquement les yeux, regarde le paysage, sifflote innocemment, comme si cette échéance n’était qu’un vulgaire détail folklorique.

Le 7 février 2026, à la Villa d’Accueil, s’est tenue la cérémonie de passation de pouvoirs du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) au Conseil des ministres. Ambiance solennelle, forces de sécurité renforcées et corps diplomatique au grand complet en première loge, applaudissant poliment la « transmission ordonnée » qu’ils avaient eux-mêmes exigée avec des menaces à peine voilées.

À peine la cérémonie terminée, le Premier ministre a réuni un Conseil des ministres extraordinaire et signé son premier décret majeur : placer officiellement le pouvoir exécutif sous l’égide du Conseil des ministres qu’il préside, en s’appuyant explicitement sur l’article 149 de la Constitution amendée.

Analyse de l’article 149 : un outil devenu prétexte

Rappelons ce que dit réellement l’article 149 :

« En cas de vacance de la Présidence de la République […], le Conseil des Ministres, sous la présidence du Premier Ministre, exerce le Pouvoir Exécutif jusqu’à l’élection d’un autre Président. Dans ce cas, le scrutin pour l’élection du nouveau Président de la République pour le temps qui reste à courir a lieu soixante (60) jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’ouverture de la vacance, conformément à la Constitution et à la loi électorale. »

C’est clair, limpide, presque cruel de précision.

L’article ne prévoit pas un mandat flou ni une transition à durée indéterminée : il impose un délai strict, une parenthèse temporaire pour organiser des élections. Il ne donne pas un blanc-seing à un Premier ministre pour s’installer confortablement. Il fixe une échéance.

Point final.

Pourtant, avec cet humour noir si haïtien, Fils-Aimé a sorti l’article 149 comme un prestidigitateur tire un lapin de son chapeau :

« Merci pour les services rendus, chers conseillers du CPT… Maintenant, c’est moi qui conduis. Et pour 120 jours, bien sûr ! »

Un tour de magie constitutionnel qui a transformé une disposition d’urgence temporaire en trône exécutif consolidé.

Abracadabra !

On passe d’un pouvoir bicéphale bancal à un capitaine seul à la barre. Brillant… tant qu’on respecte le délai.

L’hypocrisie internationale et ses relais locaux : un cirque à deux vitesses

L’ironie devient, à J-5 du 7 juin, un festival du cynisme le plus grotesque.

En février, ces mêmes chancelleries (France, États-Unis, Canada) menaçaient, sanctionnaient, déployaient des navires et brandissaient l’Accord du 3 avril comme une bible sacrée pour virer le CPT manu militari.

L’ONU et l’OEA jouaient les cerbères du calendrier.

Aujourd’hui ?

Silence radio assourdissant, amnésie diplomatique collective, regard fuyant.

Pas une mise en garde, pas une pression, pas une petite toux polie sur le dépassement des 120 jours.

L’article 149, hier talisman brandi pour légitimer le nouveau pouvoir, est devenu aujourd’hui un vulgaire chiffon de papier qu’on préfère ne pas regarder de trop près.

Cette hypocrisie ne s’arrête pas aux étrangers.

Elle s’épanouit chez ses nombreux relais locaux zélés : leaders politiques opportunistes, organisations « de la société civile » bien subventionnées, éditorialistes et influenceurs qui, en février, hurlaient au scandale et exigeaient le départ du CPT au nom de la démocratie et de la sacro-sainte Constitution.

Aujourd’hui, les mêmes se découvrent soudain une souplesse philosophique étonnante :

« Ce n’est pas le moment. »

« La stabilité d’abord. »

« Il faut du temps. »

Hier, prolongation = crime contre la patrie.

Aujourd’hui, prolongation = sagesse politique.

Chapeau, les acrobates !

Ah, la sublime hypocrisie collective !

On menace un organe collectif pour le chasser, on applaudit un homme seul qui s’installe grâce au même article, puis on fait semblant d’oublier que cet article a une date de péremption bien précise.

Principes en béton armé quand il s’agit d’imposer ses choix.

Principes en chewing-gum quand il faut protéger son poulain du moment.

La communauté internationale et ses valets locaux, grands professeurs autoproclamés de démocratie et d’État de droit, excellent dans le deux poids, deux mesures : rigides avec ceux qu’ils n’aiment pas, élastiques à souhait avec ceux qu’ils préfèrent.

À J-5 du 7 juin, le spectacle atteint des sommets comiques.

Les gardiens autoproclamés du calendrier, ceux qui voyaient l’apocalypse dans le moindre retard en février, pratiquent désormais l’art raffiné du :

« On n’a rien vu, on n’a rien entendu. »

On les imagine presque en train de se boucher les oreilles en chantonnant :

« Lalalala… tout va bien, la transition avance merveilleusement. »

Le peuple haïtien observe ce cirque avec le sourire amer de celui qui connaît la rengaine par cœur.

L’Histoire, cette vieille dame impitoyable qui ne détourne jamais les yeux, note tout scrupuleusement.

Et un jour, elle présentera l’addition.

Avec intérêts, frais de retard et un mépris souverain pour les hypocrites.

The post J-5 de la fin des 120 jours de Fils-Aimé : Le grand numéro d’hypocrisie de l’internationale et de ses relais locaux first appeared on Rezo Nòdwès.

Écrit par:

Rate it

Articles similaires