Haïti | Fils-Aimé accorde des funérailles nationales à un ancien député Lavalas « élu » en 2000, scrutin ayant précipité l’exil de Léon Manus, président du CEP
Haïti | Fils-Aimé accorde des funérailles nationales à un ancien député Lavalas « élu » en 2000, scrutin ayant précipité l’exil de Léon Manus, président du CEP
Le gouvernement Fils-Aimé accorde des funérailles nationales à Pierre Paul Cotin. Pourquoi les victimes des massacres de Kenscoff, abandonnées par l’État, n’auraient-elles pas droit, elles aussi, aux honneurs de la République ?
PORT-AU-PRINCE, 17 septembre 2026 — Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a décidé d’accorder des funérailles nationales à Pierre Paul Cotin, ancien député Fanmi Lavalas du Limbé et ex-président de la Chambre des députés, décédé le 28 août 2026. La cérémonie officielle est prévue le samedi 19 septembre, à 9 heures, à la cathédrale du Cap-Haïtien, selon une note de la Primature datée du 16 septembre. L’annonce a également été rapportée par Le Nouvelliste. L’ancien parlementaire appartenait à la 47e législature, issue des élections contestées du 21 mai 2000, qui avaient donné à Fanmi Lavalas une majorité parlementaire considérable.
Pierre Paul Cotin avait été déclaré élu dès le premier tour dans la circonscription du Limbé, département du Nord, avec 50,37 % des suffrages, selon les résultats définitifs du Conseil électoral provisoire publiés en juin 2000. Le parti de Jean-Bertrand Aristide allait finalement obtenir 72 des 83 sièges à la Chambre des députés et 18 des 19 sièges sénatoriaux pourvus lors de cette séquence électorale. La controverse avait pris une dimension institutionnelle majeure avec le départ en exil de Léon Manus, président du CEP, qui avait quitté Haïti à la mi-juin 2000, sous protection diplomatique, après avoir refusé de cautionner les résultats sénatoriaux établis selon une méthode de calcul jugée contraire à la législation électorale par l’Organisation des États américains (OEA). Manus avait affirmé avoir subi des pressions pour signer des résultats qu’il considérait comme invalides. Son départ avait précédé la proclamation officielle des résultats contestés et le boycott du second tour par une grande partie de l’opposition
Le 21 mai 2000 : une victoire électorale suivie d’une crise politique
Le scrutin du 21 mai 2000 avait enregistré une importante participation populaire. La mission d’observation de l’Organisation des États américains (OEA) estimait celle-ci à environ 60 % des électeurs inscrits. Cependant, les opérations de compilation et de proclamation des résultats avaient donné lieu à de graves contestations. L’OEA avait notamment dénoncé une méthode de calcul de la majorité absolue ayant permis de déclarer élus dès le premier tour plusieurs candidats au Sénat qui auraient dû participer à un second tour. Elle avait également constaté des divergences affectant certains résultats à la Chambre des députés. Le président du CEP, Léon Manus, avait quitté le pays sans valider les calculs sénatoriaux contestés, tandis que l’opposition avait boycotté le second tour du 9 juillet.
Investie le 28 août 2000, la 47e législature avait commencé ses travaux sous le poids de cette controverse. Pierre Paul Cotin avait accédé à la présidence de la Chambre des députés, fonction qu’il occupera jusqu’au 28 février 2002. Le 11 septembre 2000, Radio Métropole décrivait déjà une institution parlementaire pratiquement paralysée malgré la constitution de vingt commissions de travail. Des accords de prêts de la Banque interaméricaine de développement et de la Banque mondiale restaient en attente, situation que Cotin déplorait lui-même.
Un passage à la présidence de la Chambre associé à plusieurs textes législatifs
Les archives du Moniteur permettent d’identifier plusieurs textes adoptés sous sa présidence. Parmi eux figure la loi relative au blanchiment des avoirs provenant du trafic illicite de la drogue et d’autres infractions graves, adoptée à la Chambre le 21 février 2001. Cette législation a notamment prévu la création de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF). Le nom de Pierre Paul Cotin apparaît parmi les signataires du document officiel, en sa qualité de président de la Chambre.
Son nom figure également sur la loi relative au contrôle et à la répression du trafic illicite de la drogue, adoptée le 7 août 2001, ainsi que sur celle du 6 septembre 2001 interdisant les châtiments corporels contre les enfants. Cette dernière, publiée au Moniteur du 1er octobre 2001, prohibe les traitements inhumains et prévoit des dispositions destinées à protéger les enfants dans les établissements scolaires et les institutions d’accueil. La signature de Cotin sur ces textes atteste son rôle institutionnel dans leur adoption, sans établir qu’il en était personnellement l’auteur ou l’initiateur.
L’ancien président de la Chambre avait aussi signé le décret parlementaire du 19 décembre 2000 portant ratification de la Convention interaméricaine contre la corruption. Ce document figure dans une compilation de textes législatifs conservée par l’OEA. Les archives disponibles permettent ainsi de retracer une partie de son activité parlementaire, mais ne suffisent pas à établir un bilan exhaustif de ses réalisations dans la circonscription du Limbé.
Des funérailles nationales, vingt-six ans après les élections contestées
Vingt-six ans après les élections du 21 mai 2000, la décision du gouvernement Fils-Aimé confère à Pierre Paul Cotin les honneurs funèbres de la République. Elle intervient en hommage à un ancien président de la Chambre dont le parcours institutionnel reste historiquement lié à une législature issue d’un processus électoral ayant provoqué une profonde crise politique.
Les funérailles nationales prévues samedi au Cap-Haïtien consacreront cette reconnaissance officielle. Elles offrent également l’occasion de revenir sur l’histoire de la 47e législature, les circonstances controversées de son élection et les textes adoptés sous la présidence de Pierre Paul Cotin, sans confondre les responsabilités individuelles de l’ancien parlementaire avec celles de l’ensemble des acteurs du processus électoral contesté de 2000.
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