PORT-AU-PRINCE, jeudi 17 septembre 2026 — Le calendrier électoral haïtien avance, mais son tableau de bord raconte une histoire moins triomphale que les annonces officielles. Selon le dernier relevé communiqué pour cette dépêche, le Conseil électoral provisoire (CEP) totalise 608 985 électeurs inscrits, loin de son objectif de quatre millions et des 6 189 253 électeurs enregistrés lors du scrutin de 2016.
Le processus ressemble à un navire dont les passagers embarquent au compte-gouttes pendant que l’équipage maintient, sur le tableau des départs, la destination du 13 décembre. À moins de trois mois de l’échéance, les chiffres mesurent l’ampleur du travail restant, sans suffire à établir à eux seuls si le calendrier pourra être respecté.
Le relevé fait également état de 2 854 opérateurs actifs et de 1 285 centres d’inscription opérationnels sur les 1 418 recensés. Autrement dit, 133 centres ne fonctionnent pas. Les 608 985 inscrits représentent environ 15,2 % de l’objectif de quatre millions d’électeurs annoncé par le CEP et moins de 10 % du corps électoral enregistré en 2016. Le compteur progresse, mais l’échéance du 13 octobre, fixée pour la clôture des inscriptions, approche. Le gouvernement peut présenter l’accroissement des effectifs comme un indicateur d’avancement ; les mêmes données imposent néanmoins de s’interroger sur la capacité d’enregistrement, la couverture territoriale et l’accessibilité des centres.
Le chapitre constitutionnel présente une autre singularité : le référendum possède une date, mais le texte définitif destiné aux électeurs demeure introuvable dans Le Moniteur. L’article 194 du décret électoral du 2 juin 2026 imposait sa publication au moins 90 jours avant le scrutin. Le délai a expiré le 14 septembre.
Aucune remise du document au nouveau président du CEP, Peterson Pierre-Louis, n’a pu être confirmée publiquement. L’organisateur de la consultation devrait-il préparer les bulletins d’un texte que les citoyens n’ont pas officiellement reçu ? Et comment garantir un débat contradictoire sans document définitif accessible ?
Voilà le dossier électoral susceptible d’accompagner Alix Didier Fils-Aimé à la tribune des Nations unies : des chiffres d’inscription en progression, 133 centres non opérationnels et un projet constitutionnel absent du Journal officiel. L’article 284-3 de la Constitution de 1987 interdit expressément la modification constitutionnelle par référendum.
À 87 jours du rendez-vous annoncé, les autorités doivent encore répondre à deux interrogations distinctes : comment achever les préparatifs matériels du vote et sur quel fondement juridique organiser la consultation constitutionnelle ? Les urnes figurent au calendrier, les inscriptions apparaissent sur les écrans ; le texte soumis au suffrage, lui, n’a toujours pas fait son entrée officielle en scène. Se sèlman an Ayiti ou wè bagay sa !
Dr Elco Saint Amand et Me Claudy Briend Auguste (cba)
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