PORT-AU-PRINCE — Pour le Dr Josué Renaud, de NEHRO, parler d’élections en Haïti dans la conjoncture sécuritaire actuelle confinerait à une entreprise politique vouée à l’échec. Au cours d’un bref entretien accordé à Rezo Nòdwès, le défenseur des droits humains a opposé le calendrier électoral annoncé à la réalité d’un territoire où un commissariat vient tout juste d’être attaqué jeudi et détruit et où des véhicules blindés destinés à l’Artibonite ont dû contourner la Route nationale no 1 en étant acheminés par voie maritime jusqu’aux Gonaïves.
Selon les informations rapportées par des collaborateurs sur place dans la Cité de l’Indépendance, ces équipements n’auraient toujours pas été effectivement déployés dans plusieurs secteurs stratégiques de l’Artibonite, notamment vers Marchand-Dessalines, la Croix-Périsse, L’Estère.
C’est dans ce contexte que Dr Renaud situe les différentes catégories de personnes prêtes, selon lui, à devenir candidats aux « élections mort-nées » conduites sous Alix Didier Fils-Aimé et l’administration électorale au « contrôle de Uder Antoine ».
Il évoque des acteurs soupçonnés de proximité avec les groupes armés, des participants servant, selon son expression, à « fill in the blank » pour grossir les statistiques, puis des « incrédules » qui préféreraient s’inscrire afin de ne pas « rater la fête » dans l’hypothèse où le processus parviendrait malgré tout à son terme pour soulever après des contestations. Cette appréciation, formulée par le responsable de NEHRO, s’inscrit dans son analyse critique du processus électoral et des rapports présumés entre certains acteurs politiques et les groupes armés.
Son réquisitoire se déplace surtout vers la facture. Renaud établit un parallèle avec le projet référendaire de 2021, abandonné dans le contexte ayant précédé et suivi l’assassinat du président Jovenel Moïse, et s’interroge sur les dépenses engagées à l’époque. Il demande désormais des comptes sur les plus de 100 millions de dollars qui pourraient être mobilisés pour le processus actuel : qui assumera politiquement et administrativement la responsabilité de ces dépenses si les élections annoncées ne peuvent finalement pas se tenir ? À ses yeux, un gouvernement confronté à une profonde défiance politique ne saurait réclamer un chèque en blanc au nom d’un calendrier dont la faisabilité demeure contestée.
Renaud ajoute un autre élément à son argumentaire : la plateforme politique VIKTWA, qu’il présente comme comprenant des personnalités proches du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé et auxquelles il prête l’ambition de conquérir une part substantielle du prochain Parlement. Cette configuration nourrit, selon lui, les interrogations sur la neutralité politique du pouvoir pendant la période électorale incertaine. « Une proximité avec une plateforme ne constitue cependant pas, à elle seule, la démonstration d’une manipulation du scrutin ; elle pose plutôt la question de l’égalité entre compétiteurs, de l’impartialité de l’administration électorale et de l’éventuelle utilisation des ressources publiques au bénéfice d’intérêts partisans« .
Le tableau décrit par Josué Renaud conduit ainsi à une interrogation autrement plus embarrassante pour le pouvoir : comment demander à des électeurs de rejoindre les urnes lorsqu’un État doit faire passer ses blindés par la mer pour contourner une route nationale devenue dangereuse ? Et si, après les dépenses engagées, le 13 décembre devait rejoindre la liste des rendez-vous électoraux avortés, qui répondrait devant la nation de l’argent dépensé ?
Pour Renaud, ce ne serait plus seulement l’échec d’un calendrier, mais celui d’un pari politique entrepris malgré des indicateurs sécuritaires connus dès son lancement.
cba
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