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Le 3 juin 2026, au lendemain de l’adoption du décret électoral par le Conseil des ministres, le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) a publiquement salué cette décision via un message sur X :
« Le BINUH salue la promulgation du nouveau décret électoral comme une étape importante vers la tenue d’élections inclusives et crédibles, dans l’attente de la publication du calendrier électoral et d’autres mesures en faveur du rétablissement des institutions démocratiques. »
Cet appui intervient dans un contexte extrêmement tendu : à J-4 de la fin du mandat de 120 jours du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, alors que le CEP a fermement rejeté le texte gouvernemental, le qualifiant de « totalement différent » de sa propre version et dénonçant « le caractère inconstitutionnel de la décision de la Primature qui viole le principe d’indépendance de tout Conseil électoral ».
En saluant la promulgation du décret malgré l’opposition ouverte du CEP, le BINUH apporte une légitimation internationale majeure à la position de l’Exécutif. Cela affaiblit considérablement la marge de manœuvre du CEP et renforce la main du Premier ministre dans ce bras de fer.
Le message du BINUH privilégie clairement l’avancée formelle du processus électoral — à travers la promulgation du décret — plutôt que le respect strict des prérogatives constitutionnelles du CEP.
Le signal envoyé semble clair : pour la communauté internationale, il vaut mieux un décret imparfait permettant d’avancer vers les élections qu’une nouvelle impasse institutionnelle.
Cet appui peut également être interprété comme une manière de tourner la page de la dernière grande réalisation du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Le CPT avait joué un rôle central dans la mise en place du CEP et dans l’élaboration initiale du cadre électoral. En soutenant la version remaniée par Fils-Aimé après la dissolution du CPT en février 2026, le BINUH valide implicitement la prise en main du processus électoral par l’Exécutif.
Il s’agit, sur le plan symbolique, de la fin de l’expérience de gouvernance collégiale incarnée par le CPT.
L’appui du BINUH confirme que Washington et ses principaux alliés considèrent Fils-Aimé — ou la structure politique qu’il représente — comme le partenaire le plus apte à faire avancer le processus politique, même si cela implique une réduction de l’autonomie du CEP.
Face à cette prise de position onusienne, le CEP dispose de plusieurs options :
Publier un nouveau communiqué réaffirmant son indépendance, dénonçant une forme d’ingérence et rappelant sa compétence exclusive en matière électorale. Le CEP pourrait même menacer de ne pas appliquer un décret qu’il juge inconstitutionnel.
Maintenir son désaccord sur le fond tout en continuant les préparatifs techniques afin d’éviter d’être perçu comme responsable d’un blocage du processus électoral.
Refuser de cautionner le processus électoral sous ce nouveau décret, ce qui provoquerait une importante crise de légitimité.
Mobiliser les organisations de la société civile, les partis politiques et les autres acteurs nationaux afin de contester le décret et réclamer un retour à la version initialement élaborée par le CEP.
Le CEP se trouve ainsi dans une position particulièrement délicate : s’il adopte une attitude trop rigide, il risque d’être marginalisé avec l’appui de la communauté internationale ; s’il se montre trop conciliant, il pourrait perdre sa crédibilité auprès d’une partie importante des forces politiques haïtiennes.
L’appui du BINUH n’apparaît pas comme un geste neutre. Il constitue un arbitrage politique qui favorise clairement l’Exécutif dans le conflit qui l’oppose au CEP.
Cette prise de position contribue à la marginalisation de l’institution électorale et consacre, au moins temporairement, la victoire de fait de Fils-Aimé sur les mécanismes de contrôle hérités du CPT.
Cet épisode renforce également l’idée que, dans le contexte haïtien, la communauté internationale continue de privilégier la stabilité opérationnelle et l’efficacité du pouvoir exécutif plutôt que le strict respect des équilibres institutionnels et de l’indépendance des contre-pouvoirs.
Le prix à payer pourrait être une nouvelle érosion de la confiance dans le processus électoral à venir.
Le bras de fer n’est pas terminé, mais le rapport de force semble désormais pencher plus nettement en faveur de la Primature.
The post Le BINUH soutient le décret de Fils-Aimé : un alignement lourd de sens dans le bras de fer avec le CEP first appeared on Rezo Nòdwès.

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