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Être Ayisyen : Mathias Pierre, l’art consommé du repositionnement

today2026-03-11

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En politique haïtienne, certains hommes suivent une ligne. D’autres suivent le vent. Et puis il y a Mathias Pierre, qui semble avoir choisi une stratégie plus subtile : suivre tous les vents à la fois, au cas où l’un d’eux finirait par mener quelque part.

L’ingénieur, jadis candidat à la présidence en 2015 sous la bannière du parti Konsyans Patriyotik, se présentait alors comme une alternative sérieuse. L’expérience entrepreneuriale devait servir de preuve de compétence — même si, entre-temps, l’entreprise en question n’a pas vraiment survécu aux réalités du marché. Mais en politique haïtienne, les faillites économiques ne sont jamais des faillites définitives : elles peuvent même servir de tremplin.

Très vite, le candidat caméléon a découvert les vertus de la proximité idéologique. Direction le camp de Moïse Jean-Charles, où Mathias Pierre semblait devenu plus Pitit Dessalines que les Dessaliniens eux-mêmes. L’ardeur révolutionnaire ne dura toutefois que le temps d’une saison politique.

Car après les élections de 2016, nouveau changement de décor. Le voilà qui rejoint sans trop d’états d’âme les rangs des vainqueurs du moment : les Tet Kale du PHTK de Jovenel Moïse. Une transition remarquable pour quelqu’un qui, peu auparavant, dénonçait avec vigueur le dauphin de Michel Martelly et participait activement au célèbre groupe des huit contestataires, rapidement surnommés les « huit pleurnichards ».

La politique étant aussi l’art de la récompense, ce ralliement fut salué comme il se doit : un poste de secrétaire d’État. Une promotion qui confirma une vérité bien connue à Port-au-Prince : les convictions politiques peuvent être très flexibles, mais les nominations, elles, sont bien réelles.

Et comme l’adaptation est une qualité essentielle dans les périodes d’incertitude, Mathias Pierre n’a pas tardé à retrouver une nouvelle utilité sous le gouvernement d’Ariel Henry. Le voilà devenu l’un des visages les plus visibles d’un projet de référendum qui, à force d’annonces, finit surtout par entrer dans l’histoire comme l’un des plus célèbres référendums jamais tenus… sans jamais avoir lieu.

Aujourd’hui, alors que l’odeur d’élections futures semble flotter à nouveau dans l’air politique haïtien, l’homme poursuit son itinéraire stratégique. Dernière étape : tenter de prendre les rênes du parti fondé par feu Sylvio Claude, le PDCH. Une nouvelle maison politique pour un homme qui, manifestement, connaît bien l’importance de ne jamais rester trop longtemps sans adresse.

Il faut reconnaître à Mathias Pierre une qualité rare : une capacité d’adaptation presque biologique. Là où d’autres hommes politiques changent d’avis, lui semble changer de couleur. Un véritable caméléon politique — probablement l’un des plus expérimentés de la faune nationale.

Reste à savoir si, à force de s’adapter à tous les environnements, il restera encore une couleur à laquelle les électeurs pourront l’identifier. Car même en politique haïtienne, où les métamorphoses sont fréquentes, l’excès de transformation finit parfois par ressembler… à une disparition.

Elensky Fragelus

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