Vèvè et football : dépasser les mythes, comprendre le symbole
Vèvè : un symbole culturel haïtien au cœur du maillot national
Il a suffi que des motifs inspirés des vèvè soient inscrits et arborés sur les maillots de l’équipe nationale haïtienne de football pour voir surgir un débat qui, pour être vraiment exploré, mérite d’être dépassionné. Il s’agit de se demander si l’usage du vèvè sur ces maillots relève d’une affirmation religieuse dans un pays officiellement laïc, d’une appropriation culturelle ou simplement d’un choix esthétique.
Entre idées reçues et interprétations, il est nécessaire de démêler le vrai du faux et de replacer cette controverse dans une perspective plus large.
Les vèvè, dessins sacrés du vodou haïtien, sont avant tout des œuvres graphiques : lignes symétriques, géométrie minutieuse, élégance stylisée. S’ils ont historiquement servi à représenter ou honorer les loas, leur présence sur le maillot national ne correspond pas à un usage rituel. On assiste plutôt à une réinterprétation contemporaine, une transposition esthétique d’un symbole culturel riche. Les designers s’inspirent des motifs vodou comme on puiserait dans tout autre patrimoine visuel, pour la beauté, l’identité et la singularité. Rien n’indique ici une intention cultuelle : le symbole quitte son cadre rituel pour devenir un élément artistique et identitaire, affirmant : « Voici Haïti, notre art, nos racines. »
L’exemple français est instructif. La France, attachée à la laïcité, utilise le coq comme emblème national dans le football, le rugby ou d’autres disciplines. Bien que le coq ait des origines religieuses et symboliques, aujourd’hui personne n’y voit un symbole religieux : il est devenu emblème culturel et historique. De la même manière, le vèvè peut se transformer en symbole culturel partagé, vidé de son intention religieuse, tout en conservant sa valeur identitaire.
Par ailleurs, la laïcité est souvent mal comprise. Elle ne vise pas à supprimer les références culturelles issues de traditions religieuses, mais à garantir la neutralité de l’État, l’absence de prosélytisme et la liberté de conscience. Dans ce cadre, rien n’empêche de valoriser le patrimoine culturel, d’utiliser artistiquement des symboles religieux ou de célébrer l’histoire d’un peuple.
Ainsi, un vèvè stylisé sur un maillot ne constitue pas la promotion du vodou comme religion, mais une reconnaissance de la culture haïtienne dans sa profondeur, sans contraindre personne à y adhérer spirituellement.
En résumé, le débat autour des vèvè inscrits sur les maillots haïtiens révèle surtout une tension entre perception religieuse et expression culturelle. Pour la dépasser, une lecture équilibrée s’impose : le symbole est détaché de son usage rituel, son rôle est esthétique et identitaire, il respecte la laïcité et s’inscrit dans une tradition universelle où les symboles religieux deviennent culturels.
Comme le coq des Bleus, le vèvè des Grenadiers s’affirme aujourd’hui comme un pont entre passé et présent, entre spiritualité historique et expression culturelle moderne, un signe que la richesse d’un peuple dépasse ses lois et s’étend à son imaginaire, son art et sa manière unique de se représenter au monde.
Caleb Mac Bernard DORCE
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