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« Nous avons toujours été là » : une carte interactive de Prague honore la présence historique des personnes LGBTQI+

today2026-02-25

« Nous avons toujours été là » : une carte interactive de Prague honore la présence historique des personnes LGBTQI+
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Le lieu le plus ancien date de 1376, année du premier procès pour homosexualité recensé

Initialement publié le Global Voices en Français

Capture d’écran de la carte interactive queer de Prague du site Teplá Praha.

En République tchèque, sur le thème des droits des personnes LGBTQI+ , le débat oscille entre un discours tolérant envers la communauté, et une instrumentalisation par les politiques en majorité de droite. Ces derniers considèrent la thématique du genre comme un élément étranger, voire contraire aux traditions locales. Pourtant, comme le montre une carte interactive de la ville de Prague qui recense les personnalités et lieux historiques associés à cette communauté, les personnes LGBTQI+ ont toujours fait partie de la culture tchèque.

Une homophobie des discours sous couvert de protectionnisme politique 

Dans une Europe centrale et orientale qui reste marquée par une homophobie plus marquée qu’en Europe occidentale où l’activisme LGBTQI+ a permis de faire changer les mentalités et les lois dès les années 80, la République tchèque est perçue comme un pays comparativement plus tolérant. Ceci peut en partie s’expliquer par des traditions progressistes sur les questions de genre dans l’entre deux-guerres, et un des plus faibles taux de religiosité en Europe (autour de 20% de croyants). 

Cela ne signifie pas pour autant que les personnes  LGBTQI+ tchèques soient protégées à égalité par la loi, ou dans la rue. En effet, si les relations homosexuelles, condamnables à l’époque communiste, ont été dépénalisées en 1961 et si une forme de PACS [registrované partnerství] a été votée en 2006, le parlement refuse d’entériner le projet de mariage pour tous et toutes, malgré des changements positifs dans le domaine de l’héritage adoptés en 2024. Pourtant, près de deux tiers des Tchèques sont pour l’adoption du mariage pour tous et toutes. 

D’autre part, selon une enquête réalisée en 2024, plus de 40% de Tchèques appartenant à la communauté relèvent des instances d’attaques verbales ou physiques tout en notant que dans plus de 90% des cas, les victimes ne portent pas plainte. 

Mais l’homophobie la plus dangereuse vient probablement de personnalités politiques qui n’hésitent pas à tenir en public des propos entièrement homophobes dans un pays pourtant membre de l’Union Européenne et donc tenu à une législation anti-discriminatoire selon l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE.

Comme l’indique cet article de Global Voices, des personnalités de haut rang, comme l’ancien président Miloš Zeman ou l’ex-Premier ministre Petr Fiala, le sénateur et candidat à la présidence Pavel Fischer ont tenu des propos discriminatoires en public sans pour autant être inquiétés. Ils présentent souvent la diversité de genre comme une “importation culturelle” émanant de Bruxelles ou des Etats-Unis.  

Un épisode récent renforce ce sentiment impunité de certains politiques: le Ministre des Affaires étrangères Petr Macinka du parti des Motoristes, considéré comme un parti d’extrême-droite, invité à la Conférence de Munich sur la sécurité de février 2026 s’est pris à partie avec l’ancienne Ministre des Affaires étrangères étasunienne Hillary Clinton sur la question du genre en disant en anglais:

“There is male, and female, and the rest, probably, is a social construct.This [the issue of gender] is something that went too far.” 

Il y a les hommes, et les femmes, et le reste, probablement est juste un construit social. Cette question [du genre] est allée trop loin.

Un rappel historique: Prague comme lieu queer depuis le Moyen-Âge 

C’est dans ce contexte d’invisibilisation qu’une initiative émanant d’un groupe d’activistes LGBTQI+ tchèques, l’ONG Společnost pro Queer pamět’ [Société pour la mémoire queer] propose un rappel de la présence historique des personnes LGBTQI+ dans la culture tchèque. 

L’ONG vient de mettre en ligne en février 2022 une carte interactive de Prague appelée Teplá Praha [Prague queer] qui recense des lieux où ont vécu et oeuvré des personnalités LGBTQI+, et des endroits où se trouvent des monuments associés à la communauté. Ce guide, publié une première fois en 2014 sous forme papier, contient 160 points à cliquer qui se déroulent en fiche explicative expliquant le contexte culturel et historique d’une personne ou d’un lieu LGBTQI+. 

Ainsi la fameuse place de la République [Náměstí Republiky] aujourd’hui en plein centre historique de la ville, mais dénommée place Josef à l’époque de l’Empire austro-hongrois jusqu’en 1918 était connue comme une ‘cruising area’ un lieu de rencontre public pour hommes gays:

Korso urningů

Global Voices a interviewé Dr. Ladislav Jackson, représentant de l’ONG pour comprendre l’origine et le cheminement du projet:

Všechno začalo v roce 2009, kdy se konala vůbec první mezioborová konference Homosexualita v české vědě, kde se setkalo významné množství historiků, historiček, historiků a historiček kultury, umění a literatury. Výsledkem byly tři akademické knihy, které pak historik Jan Seidl navrhl přetvořit v praktický průvodce po Praze s názvem Teplá Praha (anglicky Queer Prague). Kniha se záhy vyprodala, tak jsme přistoupili k vytvoření on-line verze. Místa jsou tedy jakákoli místa, o kterých víme, že byla nějakým způsobem spojena s minulostí queer osob, historií queer emancipace a queer kultury. Nejstarší místo je z roku 1376, kdy je zaznamenán vůbec první soudní případ homosexuálního chování, šlo ale o násilné, zavrženíhodné akty. Pak je tam několik příběhů z dob novověku, většina událostí je ale z první poloviny 20. století.

Tout a commencé en 2009, à l’occasionde la première conférence interdisciplinaire sur l’homosexualité dans les sciences tchèques, qui a réuni de nombreux historiens de la culture, de l’art et de la littérature. Il en a résulté trois ouvrages universitaires, que l’historien Jan Seidl a ensuite proposé de transformer en un guide pratique de Prague intitulé « Prague queer ». Le livre ayant rapidement été épuisé, nous avons créé une version en ligne. Les lieux mentionnés sont tous ceux dont nous savons qu’ils sont liés d’une manière ou d’une autre à l’histoire des personnes LGBTQI+, à l’histoire de leur émancipation et à la culture queer. Le lieu le plus ancien date de 1376, année du premier procès pour homosexualité recensé, impliquant des actes violents et répréhensibles. On trouve ensuite quelques récits de l’époque moderne, mais la plupart des événements se déroulent durant la première moitié du XXe siècle.

Pour Jackson, les points les plus intéressants sur la carte sont ceux liés à deux peintres majeurs tchèques, Jan Zrzavý et Toyen car:

Ukazují totiž, že queer minulost nejsou jen tragické příběhy a příběh ze soudních spisů, ale velmi komplexní svědectví o tom, jak lidi v minulosti dokázali svou jinakost předávat prostřednictvím umění a současně nacházet strategie, jak žít relativně šťastné životy.

Ils montrent que le passé queer ne se résume pas à des histoires tragiques et à des archives judiciaires, mais constitue un témoignage très complexe de la manière dont les personnes ont pu exprimer dans le passé leur altérité à travers l’art tout en trouvant des stratégies pour mener une vie relativement heureuse.

Quant à la visibilité de l’histoire LGBTQI+, Jackson pense qu’elle reste très limitée:

Bohužel už pak ale lidé neznají konkrétní příběhy, významné osobnosti, které se o to odtrestnění a další narovnávání práv zasloužili, jak se queer lidem žilo, čemu čelili v Rakousku-Uhersku, za tzv. první republiky, během druhé světové války, za státního socialismu. Jak se narovnávala práva hned po revoluci v roce 1989. Co všechno to pro queer lidi znamenalo. I v dnešní době je queer historie zásadní, protože je instrumentální v udržování a rozšiřování/narovnávání občanských a lidských práv LGBTIQ+ osob. Ukazuje totiž, že queer lidé tu byli vždycky a jsou všude, nejde o žádnou novinku a rozmařilost zkažené doby. Bez queer historie, muzeálního a archivního uchovávání se žádná vyspělá společnost neobejde.

Malheureusement, les gens ignorent souvent les détails de la vie des personnalités marquantes qui ont œuvré pour la dépénalisation et l’égalité des droits, sur leur quotidien et les épreuves qu’elles ont traversées à l’époque de l’Autriche-Hongrie, sous la Première République [1918-1948], pendant la Seconde Guerre mondiale et sous le régime socialiste [1948-1989]. Les gens savent peu de choses sur la mise à jour des droits après la révolution [de velours]  de 1989 et ce que cela a représenté. Aujourd’hui encore, l’histoire queer est essentielle car elle joue un rôle déterminant dans le maintien et l’extension des droits civiques et humains des personnes LGBTQI+. Elle montre que les personnes queer ont toujours été présentes et le sont partout ; il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau ni d’un vestige d’une époque corrompue. Aucune société développée ne peut se passer de l’histoire queer, de sa préservation dans les musées et les archives.

 

 

 

Écrit par: Viewcom04

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