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« Puisque la mort est inévitable, pourquoi la redouter ?
Initialement publié le Global Voices en Français
Mani Lohani est un écrivain et journaliste de télévision népalais qui est actif depuis plus de trois décennies dans les domaines de la poésie et de la fiction. Originaire de la ville de Nuwakot, dans la province de Bagmati, au centre du Népal, il est largement reconnu pour explorer dans ses écrits des thèmes tels que l’amour, la vie, les relations humaines et les profonds mystères entourant la mort. Parmi ses œuvres notables figurent le recueil de poésie Malami Saajh ainsi que les recueils de nouvelles Parast Prem et Nirbastra Man. Son ouvrage Mrityuko Aghiltir a reçu un grand prix national récompensant une création littéraire exceptionnelle.
Lohani a reçu plusieurs distinctions prestigieuses, dont le prix Bhanumati, le prix Sarbottam Katha, le prix de poésie Banitashree Byathit et le prix national de la jeunesse Sasiddhi Rastriy KalaShree. Ses poèmes et ses nouvelles ont été traduits en plusieurs langues et figurent dans les programmes scolaires au Népal.
Sangita Swechcha, de Global Voices, a interviewé Mani Lohani par courriel afin d’en apprendre davantage sur son parcours de plusieurs décennies en tant qu’écrivain et journaliste de télévision, sur ses contributions à la poésie et à la fiction népalaises, ainsi que sur son exploration de thèmes tels que l’amour, les relations humaines et les mystères de la mort.
Sangita Swechcha (SS) : Au cours de votre carrière qui s’étend sur plusieurs décennies, comment votre vision de l’amour, des mystères de la mort et des relations humaines a-t-elle évolué dans votre écriture ?
Mani Lohani (ML) : La relation entre les êtres humains, avec ses hauts et ses bas, est un sujet qui m’intéresse particulièrement. Si les gens partout dans le monde sont stressés, c’est à cause des relations. L’amour est la principale force qui rend la vie humaine énergique et heureuse. Mais l’amour n’échoit pas à tout le monde. En raison de personnes insatisfaites dans l’amour et les relations, diverses activités anarchiques se sont accrues dans la société. Pour rendre la société plus belle, chacun doit vivre avec amour. Tout le monde mérite une relation épanouissante. C’est avec cette idée que j’écris. L’amour est à la fois une quête humaine et un accomplissement.
Ces derniers temps, les gens sont tourmentés par la peur de la mort. La mort n’est pas une peur, c’est un aspect naturel de la vie humaine. Une personne qui accepte la mort naturellement peut rester joyeuse. Dans l’optique de construire une société heureuse, j’écris aussi sur la mort et ses mystères. Pour trouver des réponses, je lis des ouvrages sur la mort issus de la philosophie orientale, ce qui m’a aidé à comprendre la mort non comme une peur, mais comme un processus naturel. Après être né, un être humain doit mourir. Si la mort est inévitable, pourquoi la craindre ? Dès la naissance, la mort est avec nous. Mais cette certitude ne signifie pas le désespoir. On peut vivre avec joie et amour, être utile aux autres et fier de soi. C’est précisément ce que je défends dans mes écrits.
Sangita Swechcha (SS) : Vos œuvres vont de la poésie à la fiction. Comment abordez-vous ces genres différemment et quelles possibilités uniques chacun offre-t-il ?
Mani Lohani (ML) : La poésie et la nouvelle sont différentes. En poésie, les expériences profondes de la vie s’expriment en peu de mots, tandis que la nouvelle est liée à la société. En termes simples, la poésie concerne l’esprit individuel, alors que la nouvelle touche à la psychologie collective. La poésie est comme un mantra et peut relier une personne à la méditation, tandis que la nouvelle est une pratique de transformation de la société. Cependant, les lecteurs n’ont pas à comprendre la poésie et la nouvelle comme moi je les comprends. Ils sont libres d’interpréter les récits et les poèmes selon leur propre compréhension et le plaisir qu’ils ressentent à la lecture.
J’écris à la fois des nouvelles et des poèmes avec l’objectif de communiquer facilement avec l’esprit humain. Lorsque j’écris, je garde à l’esprit des lecteurs remplis de savoir et d’expérience mais incapables de l’exprimer. J’aime écrire leurs émotions d’une manière qu’ils puissent eux-mêmes comprendre.
Sangita Swechcha (SS) : Comment percevez-vous l’interaction entre la poésie népalaise contemporaine et les tendances littéraires mondiales, et quelles influences internationales résonnent dans votre travail ?
Mani Lohani (ML) : Ces derniers temps, la société est devenue un village planétaire. Un poème écrit dans un coin du monde peut facilement être accessible ailleurs. Pour cette raison, non seulement la poésie, mais toute activité humaine se mondialise. Nous, poètes au Népal, accordons une grande importance à la traduction afin de faire connaître nos œuvres sur la scène internationale. Nous nous efforçons sérieusement de faire parvenir de bons poèmes à un public mondial et avons entrepris diverses initiatives en ce sens. Grâce à la traduction et aux activités littéraires, des échanges avec la littérature mondiale ont lieu.
En ce qui concerne l’influence internationale sur ma poésie, comme je suis lié au domaine de la communication, je me tiens informé de l’actualité nationale et internationale et je suis influencé par les événements liés à la sensibilité humaine. En lisant de grands auteurs de la littérature mondiale, j’ai trouvé des occasions d’apprendre de leur écriture et de me perfectionner. Récemment, j’ai été enrichi par les styles d’écrivains émergents de la littérature mondiale.

Mani Lohani récitant un poème et prenant la parole lors de la Journée littéraire internationale 2023 à Katmandou. Image fournie par Mani Lohani.
Sangita Swechcha (SS) : Bon nombre de vos œuvres ont été traduites et figurent dans des programmes scolaires. Comment parvenez-vous à trouver l’équilibre entre la spécificité culturelle locale et la portée universelle ?
Mani Lohani (ML) : Comme je l’ai dit plus tôt, à mesure que le monde avance en tant que village planétaire, la traduction a rendu la littérature mondiale accessible dans chaque pays et dans chaque langue. Je suis né dans un village près de Katmandou et j’ai passé mon enfance ainsi que les années suivantes dans la vallée de Katmandou. La vallée de Katmandou est une cité culturelle. Son architecture et sa culture peuvent devenir une matière significative pour la littérature mondiale. J’essaie d’intégrer la singularité culturelle locale dans mon écriture et d’expérimenter avec mon style.
Même au milieu de la diversité culturelle locale, l’esprit humain et sa solitude restent les mêmes partout. Les gens sont devenus solitaires. J’utilise la culture locale et l’amour pour relier cette solitude au collectif. Je crois que mes créations peuvent aider à combler le vide du cœur humain. La solitude est universelle, mais lorsqu’elle est comprise, elle peut se transformer en joie.
À l’échelle mondiale, nous faisons face à des souffrances — le changement climatique, le coronavirus, le terrorisme et les frustrations liées à l’usage croissant de la technologie. L’amélioration ne peut pas venir d’un effort individuel seul. Une coopération à l’échelle de la société est nécessaire. Le sport, la littérature et l’expression créative peuvent aider à relier les gens et à favoriser la compréhension à travers le monde.
Sangita Swechcha (SS) : Qu’espérez-vous que vos lecteurs, au Népal comme à l’étranger, retiennent de vos poèmes et de vos récits, notamment en ce qui concerne les questions profondes de l’existence ?
Mani Lohani (ML) : J’espère que les lecteurs, au Népal comme à l’étranger, acquerront une compréhension plus profonde de la vie grâce à mon exploration de l’amour et de la mort, ces deux forces qui façonnent nos expériences humaines les plus intenses. À travers le monde émotionnel des relations — leur beauté, leur fragilité et leurs luttes — je souhaite rappeler que beaucoup de souffrances humaines naissent de l’amour et de son absence, et qu’une société harmonieuse ne peut exister que lorsque l’amour est cultivé.
Dans le même temps, je réfléchis à la mort afin d’encourager une acceptation plus paisible de son caractère inévitable. Plutôt que le désespoir, j’espère que les lecteurs choisiront la conscience, la bienveillance, la joie et le désir d’aider les autres. En fin de compte, je veux que mon œuvre inspire chacun à vivre de manière plus consciente, plus aimante et plus riche de sens.
Écrit par: Viewcom04
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