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Le CEP de Fils-Aimé, formation intensive sans calendrier : un gaspillage organisé de  l’argent public ? 

today2026-07-18

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Le jeudi 9 juillet 2026, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) de Fils-Aimé, avec Jacques  Desrosiers et Uder Antoine aux commandes, a lancé avec tambour et trompette une vaste  session de formation destinée à quelque 4 000 futurs Agents de Sécurité Électorale (ASE)  dans plusieurs départements du Grand Nord et du Grand Sud. Communiqué officiel,  partenariats avec la Police Nationale d’Haïti, appui logistique du Ministère de l’Éducation  nationale et de la Formation professionnelle : la mise en scène est parfaite.  

On pourrait presque applaudir cette « volonté de professionnaliser le processus électoral » si  seulement un détail essentiel n’avait pas été oublié : aucun calendrier officiel des élections  n’a été publié à ce jour

Former 4 000 agents, signer autant de contrats, mobiliser des ressources publiques  considérables pour des scrutins dont on ignore toujours la date, relève-t-il de la planification  rigoureuse ou d’une improvisation coûteuse ?  

La question mérite d’être posée sans complaisance. 

Une préparation zélée dans le vide 

Sur le papier, l’initiative semble louable. Renforcer les capacités du personnel chargé de  sécuriser les opérations électorales, garantir un environnement « sûr, ordonné et propice » au  bon déroulement du vote : qui s’y opposerait ? Le CEP affirme que cette formation s’inscrit  dans sa mission de professionnalisation du processus démocratique. Pourtant, la réalité  haïtienne impose une lecture plus lucide. 

Comment peut-on engager des milliers de citoyens dans un processus aussi exigeant sans leur  offrir la moindre visibilité sur le moment où leurs services seront effectivement requis ? Ces  agents, recrutés, formés et contractés, se retrouvent dans une situation pour le moins  inconfortable : prêts à servir, mais sans horizon temporel clair. À quoi comparer cet  engagement ? À celui d’un ouvrier embauché pour construire une maison dont les plans  n’existent pas encore ? À un enseignant titularisé sans savoir si les écoles ouvriront à la  rentrée ? Ou, plus cruellement, à ces saisonniers agricoles qui attendent indéfiniment la pluie  qui fera pousser les cultures ? 

L’analogie avec le secteur privé est encore plus parlante. Aucune entreprise sérieuse ne  formerait massivement son personnel et ne signerait des contrats de travail sans avoir un  calendrier de production ou un carnet de commandes ferme. Elle s’exposerait à des charges  financières insoutenables et à une démotivation rapide des équipes. Pourquoi l’État haïtien,  via son organe électoral, s’autoriserait-il une telle légèreté avec l’argent du contribuable ? 

L’opacité budgétaire et ses conséquences 

Former 4 000 agents implique des coûts non négligeables : salaires des formateurs, frais de  déplacement, hébergement, matériels pédagogiques, per diem, et surtout les rémunérations ou  allocations liées aux contrats signés. Même si le CEP ne communique pas les montants  exacts, l’ampleur de l’opération laisse deviner des dizaines, voire des centaines de millions de 

gourdes mobilisées. De l’argent public, donc, dans un pays où les hôpitaux manquent de  médicaments, où les routes restent impraticables et où l’école publique peine à accueillir tous  les enfants. 

On nous répondra peut-être que la préparation est nécessaire, que mieux vaut anticiper que  d’être pris au dépourvu. Argument recevable… à condition qu’un calendrier crédible soit  annoncé et respecté. Or, force est de constater que le CEP accumule les initiatives visibles – formations, communiqués, partenariats – tandis que l’essentiel demeure dans l’ombre : la date  des élections. Cette dissociation entre les moyens déployés et l’objectif final nourrit le  soupçon d’une gestion opaque, voire clientéliste, où l’activité feutrée remplace l’efficacité  réelle. 

Les agents eux-mêmes en font les frais. Engagés dans un processus censé incarner la  transparence démocratique, ils sont confrontés à une incertitude qui mine leur motivation.  Que se passera-t-il si les élections sont reportées sine die, une fois de plus ? Seront-ils  maintenus en activité ? Payés ? Libérés de leurs contrats ? Le silence du CEP sur ces points  concrets est assourdissant. 

Une gouvernance électorale en quête de légitimité 

Ce n’est pas la première fois que le CEP, sous sa configuration actuelle, est interpellé sur sa  gestion. La formation massive des ASE intervient dans un contexte de défiance persistante à  l’égard des institutions électorales haïtiennes. L’absence prolongée d’un calendrier officiel ne  fait qu’alimenter les critiques : à qui profite cette agitation sans cap clair ? À la consolidation  de la démocratie ou à la perpétuation d’un système où les apparences de travail remplacent le  travail lui-même ? 

La professionnalisation du personnel électoral est indispensable, personne ne le conteste. Mais  elle doit s’inscrire dans un cadre temporel et budgétaire cohérent. Former des agents sans  échéance connue, c’est comme armer une armée sans savoir contre qui ni quand elle devra  combattre. Le risque est double : d’un côté, un gaspillage financier ; de l’autre, une  démobilisation et une perte de confiance encore plus profonde de la population dans le  processus électoral. 

Il est temps que le CEP de Fils-Aime, Jacques Desrosiers et Uder Antoine assume pleinement  sa responsabilité. Publier un calendrier réaliste et contraignant ne relève pas de la technicité  complexe ; c’est une question de volonté politique et de respect envers les citoyens haïtiens  qui, malgré tout, continuent d’espérer des élections crédibles. 

Les 4 000 agents formés méritent mieux que l’incertitude. Les contribuables haïtiens méritent  mieux que de voir leurs impôts – déjà si durement prélevés – servir à financer des exercices  de style sans lendemain garanti. La démocratie haïtienne a besoin de résultats concrets, pas  seulement de notes de presse bien tournées. 

Le CEP doit choisir : soit il fixe enfin des dates et justifie ainsi les dépenses engagées, soit il  assume l’image d’une institution qui dépense sans compter dans le flou le plus complet. Entre  les deux, il n’y a guère d’espace pour la demi-mesure.

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