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Le 27 juillet 2026, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a enfin publié officiellement son calendrier électoral 2026-2027. Le premier tour des élections présidentielles, législatives et de la ratification populaire est fixé au 13 décembre 2026, le second tour au 21 février 2027.
Cette publication met fin à une période de flou et de fuites médiatiques.
Pourtant, ce calendrier reste explicitement conditionné à deux préalables majeurs : l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable et la mise à disposition, en temps utile, des ressources financières nécessaires.
Ces deux conditions offrent à la coalition au pouvoir (Lavalas, PHTK, OPL, Vérité et alliés) des leviers puissants pour contrôler, voire retarder, l’échéance électorale tout en conservant les privilèges de l’exercice du pouvoir.
Le levier sécuritaire et les prévisions réalistes du FRG
La situation sécuritaire constitue le principal point de vulnérabilité du calendrier. Dans un rapport récent présenté devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, le chef de la Force de Répression des Gangs (FRG) a été clair : il faudra attendre 2028 pour espérer une amélioration significative et durable de l’environnement sécuritaire en Haïti.
Cette prévision, fondée sur une analyse opérationnelle, contraste fortement avec l’ambition du calendrier qui table sur des élections dans moins de cinq mois.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé dispose là d’un argument de poids. Il peut aisément en temps opportun souligner « l’irresponsabilité » du CEP qui, selon lui, n’aurait pas suffisamment tenu compte des clés et analyses de terrain fournies par les autorités en charge de la sécurité (notamment les éléments portés par M. Christofites et les instances spécialisées).
En mettant en avant ce rapport du FRG, Fils-Aimé peut retourner la responsabilité : ce n’est pas le gouvernement qui bloque, mais le CEP qui aurait élaboré un calendrier irréaliste, déconnecté des réalités sécuritaires du pays.
Le levier financier
Le second levier est plus discret mais tout aussi efficace : le contrôle du robinet financier. L’organisation d’un scrutin national nécessite des décaissements massifs et rapides.
En dosant les fonds, en retardant les tranches budgétaires ou en subordonnant les déblocages à des « ajustements techniques », le pouvoir exécutif peut ralentir considérablement les opérations du CEP sans en assumer directement la faute.
Un retard de quelques semaines sur la logistique ou le recrutement du personnel électoral suffit souvent à faire dérailler un calendrier serré.
Si la coalition doute de sa capacité à remporter des élections relativement libres et transparentes, ces deux leviers deviennent des instruments stratégiques de prolongation de la transition.
Dans ce cas de figure, le rôle des gangs armés pourrait évoluer. Au lieu d’une confrontation frontale, une coexistence « fonctionnelle » pourrait se dessiner : tolérance dans certaines zones en échange d’une neutralité bienveillante ou même d’une collaboration tacite lors des opérations d’inscription.
Les gangs deviendraient alors, indirectement, des acteurs influençant le rythme électoral.
L’inscription des électeurs : le premier grand test
Les opérations d’inscription actuellement en cours constitueront le véritable baromètre des intentions réelles. Trois scénarios se profilent :
1. Faible mobilisation (moins de 10 % des électeurs potentiels) : La situation sécuritaire limite drastiquement le déploiement du CEP, particulièrement dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre. Le CEP serait alors contraint de reconnaître l’impossibilité technique d’aller aux élections dans les délais, offrant un motif « objectif » de report.
2. Mobilisation moyenne avec collaboration sélective (30 à 40 %) : Les gangs tolèrent ou facilitent les opérations dans certaines zones contrôlées. Le pouvoir peut alors afficher un taux honorable tout en maintenant son influence territoriale.
3. Sabotage indirect : La coalition complique délibérément la tâche du CEP en retardant les ressources ou en laissant se détériorer la sécurité dans les zones jugées défavorables. Le CEP se retrouverait en difficulté technique, justifiant un glissement du calendrier.
La prévision du chef du FRG pour 2028 renforce considérablement la position du Premier ministre. Fils-Aimé peut légitimement arguer que fixer des élections pour décembre 2026 relève de l’optimisme excessif, voire de l’irresponsabilité, si l’on ne tient pas compte des
analyses sécuritaires sérieuses. Cette posture lui permet de se présenter en dirigeant prudent et réaliste, tout en maintenant la coalition aux commandes.
La publication du calendrier est donc une victoire de forme plus que de fond. Elle fixe des dates, mais ne règle pas la question du rapport de forces.
La coalition dispose encore de marges de manœuvre importantes pour gérer l’issue du processus selon ses intérêts.
Tout dépendra de sa lecture stratégique : veut-elle réellement organiser des élections ouvertes, ou préfère-t-elle prolonger une transition où elle contrôle l’appareil d’État et ses avantages associés ?
Les mois à venir, à commencer par les résultats de l’inscription des électeurs, seront déterminants.
Ils révéleront si le calendrier du 27 juillet est un véritable engagement ou un nouvel outil de gestion du temps politique.
Le peuple haïtien, fatigué des transitions interminables, observera avec attention si les leviers de la sécurité et des finances seront utilisés pour accélérer ou, au contraire, pour freiner durablement le processus.
Entre les prévisions réalistes du FRG pour 2028 et l’ambition affichée du CEP pour décembre 2026, c’est tout l’avenir politique immédiat du pays qui se joue. La prudence commande de ne pas sous-estimer la capacité de la coalition au pouvoir à manier ces deux leviers avec une habileté consommée.
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