Non classé

Haïti : quand un chef de gang dicte la loi — un signal d’alarme pour la communauté internationale

today2025-11-18 11

Haïti : quand un chef de gang dicte la loi — un signal d’alarme pour la communauté internationale
share close

Dans une vidéo diffusée dimanche soir sur les réseaux sociaux, Jimmy Chérizier — ancien policier devenu le leader de la coalition armée Viv Ansanm — a exhorté les Haïtiens à ne pas quitter leur domicile à partir du 17 novembre. Une injonction d’apparence simple, mais lourde de sens : le chef de gang parle désormais au peuple comme un chef d’État déchu, assignant la population à résidence pour laisser le champ libre aux combats qui s’annoncent contre les forces de l’ordre. Analyse par Nancy Roc

« Ne sortez pas si ce n’est pas nécessaire. Laissez la rue à Viv Ansanm et à la police qui viendra nous affronter », déclare-t-il avec un calme déroutant. Le message, immédiatement relayé, a provoqué une vague d’inquiétude dans une ville déjà traumatisée par des années de violence, d’enlèvements et de déplacements massifs.

Cette sortie intervient alors que la Police nationale d’Haïti (PNH), appuyée par les Forces armées d’Haïti (FAD’H) et la Force de Répression des Gangs (FRG), mène depuis plusieurs jours une opération d’envergure contre le gang 400 Mawozo. Plusieurs criminels ont été neutralisés et des armes lourdes — dont un fusil Barrett — saisies. Dans la foulée, la PNH a suspendu les congés et plusieurs missions diplomatiques, dont l’ambassade de France, ont annoncé une fermeture temporaire.

Un échec retentissant pour la communauté internationale

Pour de nombreux observateurs, l’appel de Chérizier marque un tournant: celui où un chef de gang s’adresse à la nation avec l’autorité d’un chef d’État.

La communauté internationale, engagée dans des stratégies multiples depuis plus d’une décennie, se retrouve face à l’évidence : les mécanismes d’assistance, de sanctions et de résolutions n’ont pas endigué l’expansion des groupes criminels.

En octobre, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) rappelait l’ampleur de la crise: plus de 1,4 million de déplacés internes, un chiffre sans précédent dans l’histoire récente du pays.
Depuis 2022, la violence des gangs a causé plus de 16 000 morts, selon les données officielles.

Dans ce contexte, l’appel de Chérizier résonne comme un aveu d’échec collectif. Les institutions multilatérales peinent à élaborer une stratégie cohérente tandis que la future Force de Neutralisation des Gangs (GSF), forte de 5 500 membres, apparaît déjà sous-dimensionnée face à des groupes armés ultra-entraînés et lourdement équipés.

Washington sous pression: Haïti n’est plus un “problème extérieur”

Pour les États-Unis, cette mise en garde des gangs représente un signal d’alarme.
Washington voit désormais la crise haïtienne comme une question de sécurité nationale, non seulement pour la Floride mais pour l’ensemble de la région. Les flux migratoires irréguliers, l’expansion des routes maritimes clandestines et le risque de déstabilisation généralisée inquiètent au plus haut niveau.

Les sanctions américaines, notamment les lois Magnitsky visant les chefs de gangs, n’ont pas produit l’impact attendu.
Les armes continuent d’affluer, souvent via des circuits remontant jusqu’au territoire américain, alimentant une guerre asymétrique qui échappe à tout contrôle.

Pour Washington, la déclaration de “Barbecue” s’apparente à un défi frontal : un acteur criminel dicte un couvre-feu national dans un pays historiquement sous influence diplomatique américaine. Le dilemme est clair : renforcer encore l’engagement ou laisser la situation dégénérer, au risque d’une catastrophe régionale.

 

Une police isolée et dépassée

Sur le terrain, la Police nationale d’Haïti incarne la dernière barrière entre les gangs et un effondrement total.
Mais ses ressources sont dramatiquement inférieures à la menace.
Les quelque 8 000 agents réellement opérationnels doivent sécuriser un pays de 12 millions d’habitants. Les gangs, eux, disposent d’armes de guerre, d’une logistique sophistiquée et parfois même de blindés artisanaux.

Les opérations contre 400 Mawozo montrent un regain d’élan, mais la suspension des congés et la fermeture des ambassades trahissent la nervosité palpable au sein de l’institution. La PNH sait qu’elle s’engage dans une confrontation directe dont l’issue reste incertaine.

Un pays au bord d’un basculement irréversible

L’appel de Chérizier n’est pas uniquement une menace ou un coup de communication : c’est un acte de souveraineté informelle, celui d’un acteur qui se sait suffisamment puissant pour imposer sa volonté à l’ensemble de la population.

Il symbolise le glissement progressif d’Haïti vers une forme de guerre urbaine ouverte, où l’État n’est plus qu’un acteur parmi d’autres — souvent le moins armé, le moins mobile et le moins audible.

Pour les Haïtiens, cela signifie un quotidien de peur, d’incertitude et de paralysie.
Pour la communauté internationale, un rappel brutal que les demi-mesures ne suffisent plus.
Pour les États-Unis, une alarme stratégique.
Pour la PNH, l’annonce d’un affrontement décisif, sans garantie de victoire.

Le pays s’avance vers un moment de vérité.

Et ce sont désormais les gangs, plus que l’État, qui donnent le tempo.

Nancy Roc, le 17 novembre 2025.

A lire aussi :

Le taux de référence calculé par la BRH pour ce lundi 17 Novembre 2025 est de 130,67 HTG pour 1 USD

Écrit par: Viewcom04

Rate it

Articles similaires


Radio Tv Dromage
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.