Haïti | Kenscoff (audio) — « Toujours des mots, les mêmes mots » : Josué Renaud conteste la crédibilité de la « riposte ferme » annoncée par Alix Fils-Aimé après l’odieux massacre
Haïti | Kenscoff (audio) — « Toujours des mots, les mêmes mots » : Josué Renaud conteste la crédibilité de la « riposte ferme » annoncée par Alix Fils-Aimé après l’odieux massacre
BOSTON, 26 août 2026 — Le Dr Josué Renaud, fondateur et président de New England Human Rights Organization (NEHRO), a vivement contesté mercredi la portée du communiqué par lequel le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé affirme avoir engagé une « riposte ferme » après le massacre de Kenscoff. « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots », a-t-il déclaré à Rezo Nòdwès, mettant en parallèle la rhétorique gouvernementale actuelle avec celle employée après plusieurs tueries précédentes, sans que les promesses de reconquête territoriale aient, selon lui, produit les résultats annoncés.
Publié le 26 août à l’issue d’une réunion du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), le communiqué affirme que « la détermination du Gouvernement est totale ». Le Premier ministre de doublure, après plus de 20 mois au pouvoir, y promet de « reprendre l’initiative », de « traquer les responsables », de « démanteler les réseaux criminels » et de « reprendre le contrôle des zones occupées par les gangs ». Sa conclusion adopte le même registre : « Face à la terreur, l’État répond par l’action. La riposte est engagée. La République reprendra le contrôle de son territoire. »
Pour Renaud, cette dernière formulation appelle une interrogation politique immédiate. Si la République doit « reprendre » le contrôle de son territoire, observe-t-il, le pouvoir reconnaît lui-même qu’une partie de celui-ci échappe actuellement à son autorité effective. Il juge dès lors difficilement conciliable cette admission avec la volonté du gouvernement de conduire des élections nationales le 13 décembre 2026, à moins de démontrer préalablement que les conditions minimales de sécurité, de circulation et d’administration territoriale sont effectivement réunies.
Le massacre de Kenscoff renforce cette contradiction. L’attaque perpétrée dans la nuit du 23 au 24 août a fait au moins 47 morts et conduit à l’enlèvement de plus de 50 personnes, selon les données communiquées par les Nations unies. Renaud s’interroge particulièrement sur le sort de ces otages : comment une opération présentée publiquement comme une « riposte ferme » peut-elle être conduite sans exposer davantage les captifs ? Selon lui, l’exécutif devrait préciser sa doctrine opérationnelle, les objectifs assignés aux forces engagées et les garanties envisagées pour la protection des personnes retenues, plutôt que de se limiter à une succession de formules martiales.
Son scepticisme s’appuie aussi sur les propres archives de la Primature. Le 30 janvier 2025, après de précédentes attaques à Kenscoff, le gouvernement annonçait déjà des « décisions majeures » destinées à « intensifier la riposte », « reprendre le contrôle » des zones affectées et fournir aux forces de sécurité les moyens de « traquer, démanteler et neutraliser les groupes armés ». Le communiqué proclamait alors : « L’État se lève. L’État frappe. L’État triomphera », avant de conclure : « L’ennemi sera défait. L’ordre sera rétabli. Haïti retrouvera la paix. »
Dix-neuf mois plus tard, après un nouveau carnage dans la même commune, le vocabulaire demeure remarquablement voisin : riposte, traque, démantèlement, reprise du contrôle, restauration de l’ordre. Ce parallélisme constitue, aux yeux de Renaud, le principal problème de crédibilité du communiqué du 26 août : les verbes changent peu, tandis que les massacres et enlèvements continuent.
Le précédent de Wharf Jérémie accentue encore cette interrogation. Le 9 décembre 2024, après le massacre ordonné par Micanor Altès, alias Wa Mikanò, la Primature avait assuré que « la machine répressive de l’État » serait déployée « dans toute sa force » afin de « traquer, capturer et traduire devant la justice » les responsables. Elle promettait également de mobiliser « chaque ressource » et « chaque institution de l’État » pour rétablir la paix et affirmait que la République ne reculerait devant rien pour restaurer l’ordre.
Le bilan de Wharf Jérémie fut ensuite établi à 207 personnes exécutées entre le 6 et le 11 décembre 2024, dont 134 hommes et 73 femmes, par le BINUH et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Les victimes avaient été pour certaines traquées à leur domicile avant d’être exécutées, tandis que les auteurs tentaient ensuite de faire disparaître les corps.
Près de vingt et un mois après cette promesse de « traque », Micanor Altès demeure identifié dans les instruments internationaux de sanctions comme chef du gang de Wharf Jérémie. Pour Renaud, ce dossier offre ainsi un précédent permettant de mesurer l’écart entre une annonce de répression immédiate et les résultats judiciaires ou sécuritaires publiquement vérifiables.
Cette continuité intervient alors que le BINUH a publié, le 25 août, un bilan particulièrement lourd pour le seul deuxième trimestre de 2026 : au moins 1 408 personnes tuées et 656 blessées entre avril et juin. L’organisme onusien estime que la population continue de payer un tribut humain « inacceptable » à la violence et demande que sa protection demeure au centre des efforts de sécurité.
Renaud estime que ces données rendent insuffisante toute communication gouvernementale qui ne serait pas accompagnée d’indicateurs susceptibles d’être contrôlés : nombre d’opérations réalisées, responsables recherchés ou arrêtés, territoires effectivement repris, otages libérés, procédures judiciaires engagées et résultats obtenus. Le communiqué du 26 août ne fournit aucun de ces éléments chiffrés et ne fixe aucune échéance permettant d’évaluer la « riposte » annoncée.
Le président de NEHRO va plus loin et estime que les responsables chargés de la sécurité publique devraient répondre juridiquement de leurs éventuelles omissions. Il a notamment invoqué la notion de « non-assistance aux personnes en danger » et considère qu’une responsabilité pourrait être recherchée lorsque des autorités, dûment informées d’un danger, n’auraient pas pris les mesures que leur imposaient leurs fonctions. Ces qualifications et accusations sont celles de Josué Renaud ; elles ne correspondent pas, à ce stade, à des constatations ou condamnations judiciaires.
Il a également estimé que les massacres commis contre la population pourraient appeler l’examen de qualifications relevant du droit pénal international. Une qualification de crime contre l’humanité ne découle toutefois pas du seul nombre de victimes : elle suppose notamment l’établissement d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile ainsi que des autres éléments juridiques requis.
Renaud a par ailleurs établi un parallèle avec Uvalde, au Texas, où la réponse policière à la tuerie de Robb Elementary School a donné lieu à des procédures pénales contre certains responsables. Son argument porte moins sur l’identité des systèmes juridiques que sur le principe de reddition de comptes : selon lui, l’exercice d’une fonction de sécurité publique ne peut se limiter à annoncer des opérations après les morts, sans examen ultérieur des décisions prises avant, pendant et après les attaques.
La perspective des élections du 13 décembre demeure, pour lui, indissociable de cette question de responsabilité. « Pa ka gen eleksyon. Pwen. » — « Il ne peut pas y avoir d’élections. Point. » — a-t-il déclaré. Selon Renaud, l’organisation d’un scrutin crédible supposerait d’abord la restauration effective de la sécurité, de la liberté de circulation et de l’autorité publique dans les territoires où les groupes armés imposent encore leur contrôle.
Le communiqué du 26 août place ainsi le gouvernement devant ses propres formulations. « Nous allons reprendre l’initiative », affirme-t-il. Mais la même Primature annonçait en janvier 2025 qu’elle allait « reprendre le contrôle » et « intensifier la riposte » ; en décembre 2024, elle promettait déjà de « traquer » les responsables de Wharf Jérémie et d’« éradiquer » les groupes armés. La discussion engagée par Renaud porte désormais moins sur la vigueur du vocabulaire gouvernemental que sur son bilan mesurable.
Après 207 morts à Wharf Jérémie, de nouvelles tueries à Kenscoff et 1 408 morts documentés en trois mois par le BINUH, la « riposte ferme » annoncée mercredi sera, selon le responsable de NEHRO, jugée sur des résultats : combien d’otages seront libérés, combien d’auteurs arrêtés, combien de chefs de gangs traduits devant la justice et combien de territoires effectivement replacés sous l’autorité de la République ?
Rezo Nòdwès invite ses lecteurs et auditeurs à écouter un extrait de l’entretien accordé par le Dr Josué Renaud, afin de prendre connaissance de l’ensemble de son argumentation sur le massacre de Kenscoff, la responsabilité des autorités chargées de la sécurité, la question des otages et la faisabilité des élections et un referendum inconstitutionnel annoncés pour le 13 décembre 2026.
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