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Gangs armés : Les vrais maîtres du terrain pendant que deux révoqués jouent au foot politique

today2026-06-12

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Le rôle des gangs dans ce feuilleton politico-institutionnel haïtien est central, structurel et profondément cynique. Ils ne sont pas de simples perturbateurs extérieurs : ils constituent un acteur de pouvoir à part entière, qui profite — et parfois facilite — le chaos institutionnel autour d’Uder Antoine, d’Alix Didier Fils-Aimé et du processus électoral.

1. Les gangs comme maîtres du terrain (et donc du calendrier)

Les gangs contrôlent environ 80 à 90 % de Port-au-Prince ainsi que des portions croissantes de l’Artibonite et du Centre. Ils dominent les routes, les ports, les quartiers populaires et les axes stratégiques. Résultat : organiser des élections crédibles devient presque impossible sans une sécurisation massive.

C’est l’argument massue utilisé par le camp Fils-Aimé pour justifier les reports successifs du calendrier électoral et la consolidation du pouvoir exécutif.

Pendant que l’attention nationale se tourne vers la Coupe du Monde, le Premier ministre « révoqué-qui-ne-l’est-pas » peut poursuivre son agenda sécuritaire — visites à la Force de Répression des Gangs, appels à un renforcement de l’appui international — tout en conservant la maîtrise de l’Exécutif.

Les gangs offrent ainsi une forme de légitimation par l’insécurité : plus la violence persiste, plus le provisoire se prolonge.

2. Liens historiques et triangulaires : politique, économie et gangs

En Haïti, les gangs ne sont pas de simples groupes criminels isolés. Ils entretiennent depuis longtemps des relations complexes avec :

  • Certains acteurs politiques, à travers des mécanismes de protection, de financement, de mobilisation électorale ou d’intimidation.
  • Une partie du secteur économique, via l’extorsion, le racket et le contrôle de certains flux commerciaux.
  • Des éléments de la police et des élites traditionnelles.

Uder Antoine, avec son passé dans différentes administrations publiques, et Alix Didier Fils-Aimé, homme d’affaires devenu Premier ministre, évoluent dans un système où les gangs ont parfois servi de bras armé ou d’outil de pression.

Les accusations de collusion — ou, à tout le moins, de tolérance sélective — reviennent régulièrement dans le débat public. Les gangs peuvent influencer des territoires entiers, financer certains acteurs ou peser indirectement sur les processus électoraux.

3. La trêve tacite pendant la Coupe du Monde

Le Mondial 2026 offre un rare moment d’unité nationale. Même dans les zones les plus touchées par l’insécurité, l’attention s’est momentanément déplacée vers les exploits des Grenadiers.

Cette situation illustre, selon certains observateurs, la capacité des groupes armés à moduler leur niveau d’activité lorsque cela sert leurs intérêts ou leur image locale.

Cependant, cette accalmie demeure fragile. Dès que l’attention populaire se détourne du football, les tensions et les affrontements risquent de reprendre, alimentant à nouveau les appels à un pouvoir central plus fort.

4. Risque pour les élections : les gangs comme arbitres ou bénéficiaires

Les groupes armés représentent un risque majeur pour tout processus électoral futur.

Intimidation et contrôle territorial

Dans les zones sous leur influence, ils peuvent affecter la participation électorale, perturber l’organisation du scrutin ou menacer certains acteurs politiques.

Financement illicite

Les revenus issus des enlèvements, du trafic de drogue ou de l’extorsion peuvent être utilisés pour acheter des loyautés ou accroître leur influence politique.

Négociation politique

Certains chefs de groupes armés cherchent à se présenter comme des interlocuteurs incontournables, réclamant parfois des concessions ou des garanties en échange d’une réduction des violences.

Dans ce contexte, le maintien d’Uder Antoine à la direction administrative du CEP et la consolidation du pouvoir d’Alix Didier Fils-Aimé se déroulent dans un environnement où les groupes armés demeurent des acteurs déterminants du rapport de force national.

Cela crée une forme d’équilibre instable : le pouvoir central peine à les neutraliser, tandis que les groupes armés ne disposent pas de la légitimité nécessaire pour gouverner ouvertement.

En résumé, satiriquement parlant

Les gangs sont les arbitres invisibles de ce match haïtien.

Pendant que deux révoqués signent des circulaires, contestent ou consolident leur position sous le regard d’un pays absorbé par le Mondial, les véritables détenteurs du contrôle territorial observent, calculent et attendent.

Ils profitent du vide institutionnel pour étendre leur influence et fournissent, ironiquement, l’un des principaux arguments invoqués pour retarder l’organisation d’élections pleinement sécurisées.

C’est le triangle infernal haïtien :

  • Un Exécutif contesté ;
  • Un CEP paralysé ;
  • Des gangs surpuissants.

Tant que ce triangle ne sera pas brisé par une véritable volonté politique, une justice indépendante et un soutien international crédible, les révoqués continueront de gouverner pendant que les gangs continueront de régner.

Le Mondial prendra fin.

Les Grenadiers rentreront, tôt ou tard.

Et les véritables matchs — ceux du pouvoir, de l’influence et de l’avenir d’Haïti — reprendront toute leur place au centre de la scène nationale.

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