Parc Vincent des Gonaïves : plus de 15 ans d’abandon et de promesse non tenues
Lettre ouverte au nouveau Ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique, M. Pythagore DUMAS, sur l’état critique et lamentable du Parc Sténio Vincent
Monsieur Pythagore DUMAS Ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique
En ses bureaux. –
Monsieur le Ministre, Je prends acte de votre accession à la tête du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC). À ce titre, permettez-moi de vous adresser mes sincères félicitations et mes vœux de succès dans l’exercice de vos nouvelles fonctions. Votre nomination intervient à un moment crucial où le secteur sportif haïtien fait face à des défis majeurs, où le sport essaie de survivre dans certaines régions du pays grâce à la passion et à la résilience des jeunes, malgré le manque ou l’abandon des infrastructures sportives.
Je me permets de vous écrire aujourd’hui non seulement en tant que fils légitime de la ville des Gonaïves, mais aussi comme acteur engagé dans la vie sportive de la ville. Ancien dirigeant du Racing Football Club des Gonaïves, l’un des clubs les plus emblématiques du pays, et co-organisateur de “Parc-Vincent Football Jeunes U-17 (PVFJU17)”, l’un des plus populaires championnats de jeunes organisés chaque été aux Gonaïves, je me fais le porte-voix de toute une communauté sportive profondément préoccupée.
Monsieur le Ministre,
Je tiens à attirer votre attention sur la situation critique et lamentable du Parc Sténio Vincent, communément appelé Parc Vincent des Gonaïves, principale infrastructure de football du Haut- Artibonite. Ce terrain est l’antre historique du Racing FC et de l’Éclair AC, deux clubs gonaïviens évoluant respectivement en D1 et en D2 du championnat national.
Réhabilité en 2005, le Parc Vincent a été sévèrement endommagé lors du passage des ouragans Hanna et Ike sur Haïti, en 2008. Depuis, cette infrastructure sportive majeure semble avoir été abandonnée à son sort, rejoignant ainsi la longue liste des installations sportives oubliées dans le pays. Pourtant, les promesses et les annonces n’ont pas manqué.
En 2012, sous la présidence de Michel Joseph Martelly, un montant d’environ douze millions de gourdes devait être mobilisé pour la réhabilitation du terrain. Les travaux annoncés concernaient la clôture du terrain, le revêtement de la pelouse et la réparation des tribunes.
Plus de cinq (5) ans plus tard, la question de la réhabilitation du Parc Vincent est revenue dans l’actualité. En novembre 2018, le ministre des Sports d’alors, accompagné d’autorités locales et régionales, procédait à la pose officielle de la première pierre des nouveaux travaux, dont on ignore le coût total. Ceux-ci devaient comprendre, entre autres, la clôture de l’espace de jeu, la rénovation de la surface de jeu, la construction de vestiaires et d’une tribune officielle.
Malheureusement, ces travaux n’ont jamais été réalisés. Et depuis, aucun éclaircissement n’a été apporté par les autorités compétentes.
De 2008 à 2026, combien de millions de gourdes ont été mobilisés et décaissés pour la réhabilitation du Parc Vincent des Gonaïves ? Quelles firmes ont été impliquées dans l’exécution de ces projets ? Pourquoi cette infrastructure sportive se trouve-t-elle encore dans un état aussi déplorable malgré les annonces répétées, les visites officielles et les multiples promesses faites à la population ? Autant de questions qui continuent de hanter l’esprit des amants du ballon rond dans la cité de l’indépendance.
Comme si cela ne suffisait pas, le Parc Miguel Saint-Jean (Morne Blanc), qui devait servir d’alternative, se trouve lui aussi aujourd’hui dans un état tout aussi préoccupant. L’infrastructure, présentée comme l’un des « pseudo-stades » construits sous l’administration Martelly-Lamothe, n’a jamais été achevée.
Conçue, selon plusieurs experts, sans étude technique sérieuse et sans véritable consultation de la communauté sportive locale, cette installation se détériore progressivement : surface de jeu abîmée, vestiaires transformés en dépotoirs, blocs sanitaires dysfonctionnels, absence d’entretien régulier… Autant de signes d’un espace qui disparaît lentement sous le poids de la négligence.
Monsieur le Ministre, Il y a un peu moins d’un an, le football national a repris ses droits dans le pays dans le cadre d’un nouveau format coordonné par la Ligue Haïtienne de Football. Le Racing FC se voit pourtant obligé d’accueillir ses matches au Parc Vincent dans des conditions extrêmement précaires, qui frisent l’indécence sportive. En 2026, en plein XXIe siècle, des matches d’une compétition officielle se jouent encore sur un terrain en terre battue, poussiéreux, dépourvu de vestiaires, de bancs de touche et même de toilettes ; où des animaux comme des chiens et des cabris peuvent à tout moment se mêler de la partie. C’est triste. C’est honteux. C’est humiliant. Et surtout, c’est inacceptable. Une situation indigne d’une ville qui a tant contribué à l’histoire du football haïtien.
Monsieur le Ministre,
Je me permets donc de vous adresser cet appel solennel : faites de la réhabilitation du Parc Vincent des Gonaïves l’une des priorités du gouvernement en matière d’infrastructures sportives. Je vous prie également de défendre ce dossier dans le cadre de l’élaboration du prochain budget rectificatif, afin que ce projet puisse enfin sortir du cycle infernal des promesses sans lendemain. La population gonaïvienne, la jeunesse en particulier, vous en sera profondément reconnaissante. Car la ville des Gonaïves est une terre de football.
La ville des Gonaïves a contribué au développement du football national. Elle a vu briller des clubs comme Towo Begle, Aigle Rouge, Éclair et Racing, tant au niveau régional que national. Elle accueille chaque année le Mundialito, probablement le plus grand championnat de vacances du pays, fort de plus de quarante (40) ans d’existence. Pour toutes ces raisons, nous pensons humblement mériter mieux.
Oui, Monsieur le Ministre, la ville des Gonaïves mérite mieux. Elle mérite une infrastructure digne de son histoire, digne de sa passion et digne de sa contribution au football haïtien.
Dans l’espoir que cet appel sera entendu, veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Johnny Ferdinand, Gonaïvien Ancien dirigeant du Racing FC Co-organisateur de PVFJU17
CC. S.E.M Alix Didier Fils-Aimé, Premier Ministre
M. Serge Gabriel Colin, Ministre de l’Économie et des Finances
Mme Monique André, Présidente du comité de normalisation de la FHF
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