Port-au-Prince, 8 juin 2026 — La crise ouverte au Conseil électoral provisoire (CEP) entre dans une nouvelle phase. Moins de 72 heures après son installation contestée à la direction générale de l’institution électorale, Uder Antoine a présidé lundi sa première rencontre avec les directeurs techniques du CEP, a appris Rezo Nòdwès de sources proches de l’établissement.
Cette première prise de contact s’est toutefois déroulée à distance. Uder Antoine, le nouvel homme fort du CEP invoquant des raisons de santé, ne s’est pas présenté au siège du CEP à Pétion-Ville et a dirigé la séance par visioconférence. Il aurait profité de cette réunion pour échanger avec les responsables administratifs et techniques et transmettre ses premières orientations dans le cadre du fonctionnement de l’institution.
Son retour à la tête de la direction générale demeure cependant au cœur d’un profond désaccord, certains observateurs y voyant des manœuvres destinées à détourner l’attention des véritables enjeux institutionnels, tandis que le pouvoir de facto est accusé de vouloir imposer un référendum constitutionnel illégal en pleine violation de la Constitution.
Son installation, réalisée vendredi dernier, est intervenue après des instructions du Premier ministre de doublure, Alix Didier Fils-Aimé, agissant sous l’influence du BINUH et des chancelleries, dénonce l’ex-sénateur Simon Dieuseul Desras. Cette procédure a été engagée malgré une correspondance antérieure signée par une majorité de conseillers électoraux, demandant de surseoir à un décret électoral » inconstitutionnel », tout en interdisant à Uder Antoine l’accès aux locaux du CEP ainsi que l’utilisation des biens publics placés sous sa responsabilité.
Désormais, tous les regards se tournent vers la réunion statutaire hebdomadaire prévue mardi. Uder Antoine franchira-t-il physiquement les portes du CEP pour prendre part aux échanges avec les neuf conseillers électoraux ? Deviendra-t-il le « dixième homme » autour de la table, alors qu’une majorité de membres du Conseil avait formellement contesté sa présence à la direction générale ?
Selon les informations obtenues par le journal aucune nouvelle décision officielle n’est venue, jusqu’ici, annuler la position adoptée par les conseillers opposés au maintien d’Uder Antoine. Cette absence de clarification laisse planer une nouvelle confrontation institutionnelle au sein même de l’organe chargé d’organiser les prochaines élections « crédibles et honnêtes ».
À cette crise de gouvernance s’ajoute un malaise social persistant. Plusieurs employés du CEP n’auraient pas reçu leur salaire depuis plusieurs mois, certains depuis octobre, selon des sources internes. Des difficultés financières toucheraient également certaines structures électorales en province, compliquant davantage la préparation du processus électoral.
Cette situation contraste avec le discours officiel du gouvernement Fils-Aimé, qui continue d’évoquer la tenue d’élections libres, transparentes et inclusives. Mais entre contestation interne, problèmes administratifs et incertitudes financières, l’institution électorale affiche déjà de profondes divisions avant même l’entrée dans la phase opérationnelle du calendrier électoral.
La réunion de mardi, si elle n’est pas précédée de menaces de remplacement de membres du CEP ou de retrait de visas, pourrait donc devenir un nouveau test de rapport de force : soit elle ouvre la voie à une normalisation administrative, soit elle confirme l’ampleur de la fracture entre la direction générale imposée et les conseillers électoraux qui avaient réclamé son départ. Le chien retournera-t-il à son vomissement ?
cba
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