Conférence d’Accra du 19 juin — Réparations, restitutions et mémoire de l’esclavage : l’Haïti de Fils-Aimé introuvable à la table où se discutait sa propre histoire
Conférence d’Accra du 19 juin — Réparations, restitutions et mémoire de l’esclavage : l’Haïti de Fils-Aimé introuvable à la table où se discutait sa propre histoire
Le déséquilibre des priorités du gouvernement de doublure devient manifeste. Pour la Coupe du monde, les ministres du gouvernement de doublure d’Alix Didier Fils-Aimé trouvent le chemin des stades, des salons, des tribunes officielles, des photos et des caméras, de Boston à Philadelphie. Pour Accra, lieu où se discute la dette historique de l’esclavage, des restitutions, de la réparation financière, de l’allégement de la dette et de la justice patrimoniale, Haïti semble réduite à une présence fantôme. Le pays qui fit trembler l’ordre colonial en 1804 n’a pas de visage diplomatique visible au moment où l’Afrique et la Caraïbe tentent de transformer la mémoire en créance internationale.
La conférence d’Accra, tenue du 17 au 19 juin 2026, s’inscrit dans le prolongement d’une résolution adoptée à l’ONU en mars 2026 sur la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage. Cette rencontre visait à passer de la déclaration morale à un cadre opérationnel : excuses formelles, compensation financière, restitution des biens culturels, réparation des violences historiques, réforme des mécanismes économiques internationaux et mise en place d’un fonds mondial de réparation. Reuters rapporte que le plan en 19 points est soutenu par l’Union africaine et la Commission CARICOM sur la justice réparatrice.
Ce dossier concerne Haïti au premier chef. Nulle autre nation caribéenne ne porte avec autant de densité la preuve historique du crime colonial et de sa sanction financière ultérieure. Haïti n’a pas seulement brisé le système esclavagiste à Saint-Domingue ; elle a aussi subi l’isolement diplomatique, l’hostilité des puissances esclavagistes, puis l’indemnité imposée par la France en 1825. Cette dette, arrachée sous contrainte militaire, a pesé sur les finances publiques, sur la souveraineté économique et sur la trajectoire institutionnelle du pays. À Accra, les termes débattus — réparations, restitutions, dette, responsabilité, patrimoine, justice économique — auraient dû placer Haïti au centre de la table.
L’absence haïtienne, si elle se confirme dans les documents officiels définitifs, ne serait pas un simple oubli protocolaire ; elle formerait un symptôme d’État. Pendant que des ministres se pressent autour des Grenadiers dans les stades du Mondial, la République d’Haïti paraît manquer le rendez-vous diplomatique où se plaide l’un des plus vieux dossiers de son histoire. Le football donne une visibilité populaire ; Accra offrait une tribune juridique, mémorielle et financière. Entre les gradins du spectacle et la table des réparations, le pouvoir de Port-au-Prince semble avoir choisi les lumières faciles, au détriment d’un contentieux qui engage la dignité nationale, la doctrine de l’État et les droits historiques du peuple haïtien.
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