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Au Cameroun, avant les écrans, la piste de danse réunissait les foules

today2026-09-06

Au Cameroun, avant les écrans, la piste de danse réunissait les foules
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Au Cameroun, les « bals dansants » animent la vie des villages chaque année pendant les vacances

Initialement publié le Global Voices en Français

From children to elders, bals dansants bring generations together through music and dance. Photo by Julienne Honba. Used with permission

Des enfants aux aînés, les bals dansants rassemblent les générations autour de la musique et de la danse. Photo de Julienne Honba. Utilisée avec autorisation.

Par Julienne Honba

À chaque période des fêtes de fin d’année, les jeunes d’Ebolowa, dans le sud du Cameroun, et des villages environnants se retrouvent lors de soirées dansantes communautaires qui mêlent divertissement, convivialité et activité économique.

À Ebolowa, au Cameroun, la nuit est déjà bien avancée lorsque la musique monte enfin — assez fort pour attirer peu à peu les gens vers la piste de danse. À cette heure-ci, le village d’Olem, situé dans le département de la Mvila, dans la région du Sud, est d’ordinaire paisible. Mais en ce 26 juillet, soir de son bal annuel, l’ambiance est tout autre. Des jeunes ont fait le déplacement depuis les localités voisines, certains directement depuis Ebolowa, pour participer à une soirée que beaucoup attendent depuis des mois.

Ces rendez-vous sont communément appelés « bals dansants ». Organisés pendant les vacances, ils sont avant tout des moments de rencontre et de fête au sein des communautés. Rien à voir, cependant, avec des festivals au sens classique du terme : pas de programme élaboré, pas de cérémonie officielle ni de soutien institutionnel. Pourtant, année après année, le public répond présent.

Dylan Akono, 23 ans, vit et étudie à Ebolowa. Pour lui, retourner au village pendant les vacances afin de participer aux bals dansants est devenu une tradition annuelle. « Ce que j’aime vraiment dans ces soirées, c’est l’ambiance. On y rencontre beaucoup de monde et on peut créer de nouveaux liens », confie-t-il à Global Voices. « Quand on ne connaît pas les gens, ce n’est pas toujours facile de les aborder pendant le bal. Alors, on a tendance à rester avec son groupe d’amis. »

Pour l’occasion, les participants viennent de toute la région. C’est notamment le cas d’Alice Ateba, 21 ans, qui vit à Yaoundé, la capitale politique du Cameroun. Elle participait pour la première fois au rassemblement d’Olem. « C’est le village d’une amie. Elle m’en a parlé et j’ai décidé de faire le déplacement, par curiosité. La soirée est vraiment agréable. C’est une très belle expérience », raconte-t-elle avec enthousiasme. « Si j’ai l’occasion de revenir, je le ferai. »

La piste de danse constitue le cœur de la soirée. En journée, ce n’est guère plus qu’un coin de verdure. Mais une fois la nuit tombée, l’endroit prend des airs de discothèque à ciel ouvert. Quelques lumières tamisées éclairent l’espace, tandis que quatre piquets plantés dans le sol en délimitent les contours. Une seule ouverture fait office à la fois d’entrée et de sortie. Tout autour, la soirée bat son plein. Des groupes de jeunes discutent, pendant que des bars improvisés et de petits stands accueillent les participants. À l’intérieur de cette enceinte de fortune, la musique règne en maître.

Le bal est ouvert à tous ceux qui souhaitent y participer, même si les jeunes du village constituent une grande partie du public. C’est peut-être justement cette simplicité qui explique pourquoi ces rassemblements traversent les générations. Nul besoin d’invitations. La date est fixée, l’information circule, et les gens viennent.

Mais cette simplicité ne signifie pas pour autant que tout est laissé au hasard. À 23 ans, Julius Embolo fait partie de l’équipe d’organisation. Selon lui, ces bals font partie de la vie du village depuis aussi longtemps qu’il s’en souvienne. « Ces bals existaient déjà quand je suis né », explique-t-il à Global Voices. Chaque village dispose d’une date déterminée à l’avance pour organiser le sien. Dès le début des vacances, les membres de l’équipe se réunissent afin de régler les aspects pratiques : choix du lieu, dispositions à prendre pour la sécurité et autres préparatifs nécessaires au bon déroulement de la soirée.

« Les discussions se font de manière informelle », précise-t-il. Les organisateurs se retrouvent simplement pour convenir ensemble de ce qu’il faut faire. « La date est déjà connue, mais le lieu peut changer en fonction des espaces disponibles dans les villages », poursuit-il. Il arrive donc que les organisateurs sollicitent les chefs de village afin d’obtenir un emplacement adapté. « Nous nous entendons avec les chefs de certains villages pour pouvoir disposer de certains espaces. »

Pour ceux qui arrivent simplement attirés par la musique, la soirée peut donner l’impression de s’être organisée presque spontanément. En réalité, elle repose sur un petit réseau de personnes qui œuvrent en coulisses pour lui donner vie. Pas de comité officiel, pas de programme sophistiqué, pas même de lieu permanent. Pourtant, ces bals restent des rendez-vous importants de la vie communautaire et des occasions devenues précieuses de se retrouver, d’échanger et de partager un moment ensemble, loin de l’omniprésence des écrans et des appareils numériques.

Plus que de la danse

Mais la piste de danse ne raconte qu’une partie de l’histoire. Tout autour, de petits commerces prennent vie le temps d’une soirée, alimentant une économie informelle particulièrement dynamique. Des bars de fortune s’installent, tandis que des vendeurs proposent boissons et autres rafraîchissements. Et plus les heures passent entre danse et conversations, plus l’envie de se désaltérer se fait sentir.

Jacqueline Mendomo, que tout le monde connaît sous le nom de Mama Jackie, fait partie de ces nombreux vendeurs qui voient dans l’affluence une occasion de réaliser quelques recettes supplémentaires. Pour la soirée, elle installe un petit point de vente de boissons et profite de l’animation pour arrondir ses revenus. « Après plusieurs heures à danser et à discuter, les gens ont soif », explique Mama Jackie. « Ce genre de soirée attire généralement davantage de clients, car les participants restent plusieurs heures sur place et font des allers-retours autour de la piste de danse », ajoute-t-elle.

Pour ceux qui viennent d’Ebolowa ou d’ailleurs, rejoindre le village peut toutefois relever du parcours du combattant. Lorsque les bals commencent véritablement, les moyens de transport disponibles en journée se font déjà rares. Pour se rendre à Olem, il faut passer par le terminal de transport de New Bell, à Ebolowa. À cette heure tardive, l’endroit est bien moins animé qu’en journée. Une bonne partie de la population dort déjà et, face à la diminution de l’offre de transport, les tarifs peuvent grimper.

Les motos-taxis deviennent alors l’un des principaux moyens de rejoindre le village. Selon les circonstances, une même moto peut transporter trois, voire quatre passagers. D’après plusieurs personnes se rendant à ces bals, un trajet facturé autour de 500 francs CFA (0,89 dollar américain) par personne en journée peut atteindre environ 1 000 francs CFA (1,80 dollar américain) la nuit.

Mais la question du transport ne se résume pas au coût. Elle pose également un véritable problème de sécurité.

Une communauté qui tient encore à se retrouver

Le Cameroun est de plus en plus connecté au numérique. Mais cette progression de la connectivité ne signifie pas pour autant que les jeunes ont cessé de rechercher des espaces où se retrouver physiquement. La question n’est donc pas de savoir s’ils aiment encore danser. Elle est plutôt de savoir si des rassemblements comme ceux-ci conserveront le même attrait à mesure que les loisirs deviennent toujours plus numériques. Pour l’instant, ce qui se passe à Olem montre que ces bals ont encore de beaux jours devant eux.

Ce qui frappe peut-être le plus dans ces soirées, c’est ce qu’elles révèlent du rapport des jeunes à la communauté. Un téléphone permet aujourd’hui d’être en contact avec des centaines de personnes sans même avoir à quitter sa chambre. Un bal de village exige exactement l’inverse : il faut se déplacer, être présent, voir les autres, leur parler, danser avec eux, rire ensemble ou simplement se tenir à leurs côtés pendant que la musique résonne. Et cette présence physique compte.

Les travaux de l’UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel⁠ soulignent le rôle essentiel de la participation des communautés dans la transmission des pratiques culturelles et la préservation des identités collectives. Au Cameroun, l’UNESCO a notamment reconnu des traditions culturelles liées à la communauté Ekang, présente notamment dans la région d’Ebolowa. Parmi elles figure le Mvet Oyeng⁠, une tradition où se mêlent musique, récits épiques et danse. Les bals organisés dans les villages autour d’Ebolowa rappellent ainsi que la culture ne vit pas seulement dans les musées ou lors des grands festivals officiels. Elle se transmet aussi dans ces rendez-vous ordinaires où, génération après génération, les communautés continuent de se retrouver.

À une époque où les jeunes passent des heures à faire défiler du contenu sur leurs écrans, le bal de village propose une expérience d’un tout autre genre. Pour la jeune femme qui participait à son premier bal, l’expérience a été suffisamment marquante pour lui donner envie de revenir. Pour l’habitué, il n’y a plus vraiment de nouveauté à découvrir, mais plutôt le plaisir de retrouver une tradition familière dont, dit-il, il ne se lasse jamais.

C’est peut-être justement cette simplicité qui permet aux bals dansants de perdurer. La musique continue de faire sortir les habitants de chez eux, les bars de fortune reprennent du service et, lorsque reviennent les vacances, les villages autour d’Ebolowa retrouvent une bonne raison de veiller jusque tard dans la nuit.

Écrit par: Viewcom04

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