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L’anatomie de l’effacement : les femmes indigènes Assyrienne et le génocide oublié

today2026-08-10

L'anatomie de l'effacement : les femmes indigènes Assyrienne et le génocide oublié
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Violences sexuelles, déni étatique et silence archivistique : trois systèmes pour faire disparaître un peuple autochtone

Initialement publié le Global Voices en Français

Par JR Younan

Ce billet fait partie de la série Spotlight d’août 2026 de Global Voices, « Droits des autochtones ». Cette série offre un aperçu de la vie et des expériences des peuples autochtones, afin de tisser des liens entre les régions, de centrer les expériences autochtones et de partager les récits de dirigeants, d’activistes, de membres de la communauté et plus encore. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.

J’avais 11 ans la première fois qu’un ami m’a dit que les Assyriens n’existaient pas. En rentrant chez moi, je me suis effondré sur un tabouret et j’ai ouvert un paquet de chips au cocktail de crevettes.

Les Assyriens sont un groupe ethnique autochtone d’Asie de l’Ouest, retraçant leur ascendance jusqu’à un peuple ancien. Des parties de la Syrie, de la Turquie, de l’Iran et de l’Irak constituent notre patrie. Nous parlons la langue assyrienne néo-araméenne. Bien que principalement chrétiens, nous maintenons des traditions culturelles anciennes telles qu’Akitu et Musarda.

L’intuition en alerte maximale, il ne fallut pas longtemps à ma mère pour extirper ce qui me tracassait ce jour-là. L’aneth étalé sur une planche à découper, elle m’a parlé pour la première fois du massacre de Simele.

Le massacre de Simele

Le massacre a eu lieu en 1933. L’armée irakienne, avec l’aide de tribus kurdes, a mené une attaque contre la ville de Simele et les districts environnants habités par des Assyriens. Il s’agissait d’une campagne systématique de nettoyage ethnique, précédée d’une vaste propagande déclenchée par l’État pour altérer l’opinion publique, nous décrivant comme « étrangers » et « agents coloniaux ».

Dans les prémices du massacre, les hommes assyriens ont été désarmés de force tandis que les familles arabes recevaient des avis d’évacuation. L’administration britannique en Irak, consciente de la violence imminente, est restée inactive. Des milliers d’Assyriens ont été tués dans les violences qui ont suivi, et par la suite, des célébrations publiques ont eu lieu ; selon certains récits, certains ont même commémoré l’événement avec des pastèques sculptées pour ressembler à des crânes. Le commandant de l’armée qui a dirigé les opérations, Bakr Sidqi, est devenu un héros national. L’État irakien n’a jamais officiellement reconnu le massacre.

Le 7 août, nous commémorons le Jour des Martyrs assyriens, fondé pour ceux qui ont perdu la vie à Simele mais qui englobe désormais le souvenir de tous les Assyriens persécutés.

Entendre parler de Simele a été un choc violent. En me plongeant dans notre histoire contemporaine, sa nature cyclique était évidente : génocides, déplacements et manque éternel de responsabilité. Un aspect s’est avéré particulièrement résonnant : le sort des femmes et des filles assyriennes.

J’ai vu le même schéma : des filles enlevées de leur foyer, des femmes disparaissant sans laisser de trace, des familles laissées à la recherche de réponses qui ne sont jamais venues. Au sein de nos familles, elles survivent de manière anecdotique : une sœur qui s’échappe, une tante qui résiste. Mais combien étaient-elles ? Quels étaient leurs noms ? Qu’est-ce qui leur est arrivé par la suite ?

Un peuple invisible

Aucune constitution au Moyen-Orient ne reconnaît les Assyriens comme un peuple autochtone. Nous restons l’un des groupes les plus dépossédés sur le plan sociopolitique. Le regard occidental comme le regard oriental se sont limités aux groupes démographiques majoritaires. Les Assyriens ont à peine mérité une note de bas de page. Le génocide de 1915 perpétré par l’Empire ottoman et non reconnu (connu sous le nom de « Sayfo » — « épée » en araméen) a éliminé environ 75 % de notre population.

L’Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO) avertit que le vol de terres, les menaces sécuritaires et le déclin du statut politique continuent d’alimenter notre exode. En Asie de l’Ouest, nous sommes les marginalisés des marginalisés, alors où cela laisse-t-il nos femmes et nos filles ?

La violence sexuelle comme outil de génocide

La recherche sur les génocides comprend de plus en plus la violence sexuelle comme un instrument de destruction. Les enlèvements de femmes et de filles, le viol, les conversions et mariages forcés fracturent les structures familiales ; les femmes sont les gardiennes de la continuité, préservant les recettes familiales, les rituels culturels et le folklore, tout en étant la première voix par laquelle un enfant entend sa langue maternelle.

Raphael Lemkin, le juriste qui a conçu le terme « génocide » en 1944, et dont la pensée a été façonnée par le massacre de Simele, soutenait que le génocide n’est pas simplement le meurtre d’un peuple ou le retrait de ses terres. C’est la destruction de l’existence sociale d’un groupe. La violence de genre est au cœur de ce processus, se répercutant à travers les générations. N’oublions pas les femmes et les filles à qui cela est arrivé. Il est impossible de comprendre comment elles ont vécu avec ce qui a suivi. La violence ne s’est pas arrêtée lorsque le viol s’est terminé ou lorsque leurs noms ont été changés. Elle a duré le reste de leur vie. Comment commencer seulement à mesurer cela ?

Assyrian genocide memorial in Yerevan, Armenia.

Mémorial du génocide Assyrien au Erevan, Arménie. Photo de Divot sur Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

 J’ai discuté avec un journaliste arabo-britannique de la discrimination subie par les Assyriens en Irak. Il a balayé le sujet d’un revers de la main, citant son arrière grand-mère Assyrienne originaire de Simele. Il ne savait rien de ce massacre et ne semblait pas non plus désireux d’en savoir plus. C’était étrange : un homme arabe revendiquant une ascendance assyrienne tout en restant totalement inconscient de la violence qui avait pu être à l’origine de celle-ci.

Absence historique

En dehors de notre propre mémoire communautaire, ces femmes et filles sont largement absentes dans le monde académique. Leur violation a été triple : d’abord en tant que peuple autochtone, puis par la violence sexuelle, et enfin par le silence archivistique qui s’ensuit. Si ce n’est pas écrit dans les livres d’histoire, cela n’est jamais arrivé — l’aboutissement du nettoyage ethnique par la manipulation de la mémoire collective.

Ce silence n’est pas universel. À la suite du génocide de 1915, des cadres juridiques internationaux tels que le traité de Sèvres ont exigé du gouvernement turc qu’il coopère aux enquêtes sur les femmes et filles arméniennes disparues et qu’il aide à les localiser. Des organisations humanitaires telles que l’Aleppo Rescue Home et le Near East Relief ont facilité la recherche des familles. La Société des Nations a commandité des recherches pour les personnes disparues jusqu’aux années 1930, accompagnées d’une documentation archivistique méticuleuse.

C’est ainsi que cela devrait être. Les femmes et filles assyriennes n’ont jamais bénéficié des mêmes mécanismes d’identification, de documentation ou de recouvrement. Bien qu’il existe des détails enregistrés sur la persécution des Assyriens par les Britanniques et les organisations missionnaires, ils sont minimes. En tant que peuple transnational divisé par des frontières tracées arbitrairement, les Assyriens ont été confrontés à des difficultés pour établir des institutions cohérentes et une représentation politique, contrairement aux Arméniens qui, malgré une diaspora substantielle, ont bénéficié du levier offert par le fait d’être une nation disposant d’un État.

Les Assyriens ont traditionnellement été impuissants sur le plan géopolitique ; au milieu de la lutte d’après-guerre pour l’hégémonie sur les ressources pétrolières, il n’est guère étonnant que nous n’ayons suscité aucune assistance.

Une justification simpliste a été nos effectifs réduits. Cependant, il y a un peu plus d’un siècle, les Assyriens constituaient la démographie majoritaire dans une grande partie de notre patrie. Les États d’Asie de l’Ouest ont passé le dernier siècle à rebaptiser les Assyriens sous d’autres appellations à travers l’assimilation forcée, la classification par l’État (Arabe, Turc sémitique, Chrétien kurde) et les divisions sectaires semées par des missionnaires de la fin du XIXe siècle qui ont conduit à l’émergence d’identifiants religieux au lieu d’assyriens. Tous ces facteurs ont contribué à une sous-estimation importante de notre population et, par extension, à un impact sur nos communautés.

Notre statut minoritaire actuel ne devrait pas diminuer notre importance sociopolitique et historique ; au contraire, il l’élève, exigeant que l’on se demande pourquoi nous sommes devenus une minorité en premier lieu — pourquoi un peuple autochtone, dont la présence s’étend sur des millénaires, pourrait en un siècle faire face à la perspective de disparaître de ses terres ancestrales.

Sans minimiser les efforts déployés au sein de notre propre communauté pour la préservation historique, des organisations telles que le Seyfo Centre, l’Assyrian Studies Association et Assyrian Genocide Studies ont commencé à combler ces lacunes historiographiques, cette dernière archivant les récits de femmes. Pourtant, il s’agit d’initiatives relativement récentes, la responsabilité incombant toujours aux Assyriens eux-mêmes, soutenus principalement par la bonne volonté des bénévoles.

Violences de genre continues

L’essor de l’État islamique (EI) a réactivé les persécutions, les communautés assyriennes étant ciblées par des meurtres, des déplacements, ainsi que des enlèvements et la mise en esclavage de femmes et de filles. Les médias occidentaux et le discours libéral ont accordé une attention considérable au fait de centrer les expériences des « fiancées » de l’EI, invariablement présentées comme des victimes malgré des preuves croissantes montrant que beaucoup n’étaient pas des actrices passives.

Pourtant, les véritables victimes féminines de l’EI ont été largement négligées. Lors d’un panel exclusivement féminin sur le féminisme intersectionnel, j’ai souligné ce deux poids deux mesures. Plutôt que de susciter l’engagement, le témoignage assyrien a été rejeté comme islamophobe et nationaliste, exposant les limites du discours politique binaire répandu.

Le peuple yézidi a, à juste titre, bénéficié d’un plaidoyer international pour les crimes commis par l’EI contre ses femmes et ses filles. Leur persécution a été rapidement qualifiée à l’échelle internationale de génocide contre une minorité ethnoreligieuse distincte.

Les Assyriens ont été englobés dans des récits plus larges de persécution des chrétiens. Cette catégorisation a masqué l’éthnicité assyrienne et les expériences de genre spécifiques, accentuée par le fait qu’un Occident à prédominance laïque a perçu le christianisme comme un trait de la droite, ce qui a pu contribuer à réduire sa reconnaissance.

Il serait naïf d’ignorer la stigmatisation entourant les expériences de violence sexuelle. La peur de la honte et des répercussions sociales peut entraver les témoignages des survivantes, de même que les conséquences intergénérationnelles, particulièrement dans les cadres juridiques et sociaux d’Asie de l’Ouest où les enfants nés de viol héritent de l’identité religieuse de l’agresseur plutôt que de celle de leur mère.

Perte continue

Après des prestations scéniques dans des espaces d’Asie de l’Ouest, des spectateurs m’abordaient. Leurs histoires se ressemblaient étrangement. Élevés comme Arabes, beaucoup n’ont découvert qu’à l’âge adulte que leur mère était assyrienne. Ils parlaient de mères à qui il était interdit de parler assyrien, de pères rejetant l’identité assyrienne comme une « mentalité de minorité », et de l’éloignement avec la famille maternelle.

Je ne suggère pas que ces femmes manquaient d’autonomie dans leur mariage, ni n’égale ces expériences aux violences sexuelles évoquées. Je souligne plutôt le fardeau disproportionné imposé aux femmes de renoncer à leur langue, leur culture et leur identité pour s’assimiler à l’identité de leur mari, entretenu par les lois de statut personnel patriarcales d’Asie de l’Ouest. Maintes et maintes fois, des personnes se sont senties poussées à me raconter ces histoires parce qu’elles sentaient que quelque chose avait été perdu, même si elles ne pouvaient pas toujours le nommer.

Souvenir

Mon arrière-arrière-tante, Sorayya, était une survivante du Seyfo. Elle a vécu avec nous pendant un temps quand j’étais enfant. Elle débordait d’histoires. Elle racontait ses voyages à Jérusalem, boire un shot de whisky avant de se faire tatouer une croix, se masquer en soldat pour faire des farces aux voisins et les aventures qu’elle a vécues comme nounou pour un ambassadeur américain à Bagdad — mais jamais le Seyfo.

Au moment où j’ai compris que ces silences faisaient partie de l’histoire, il était trop tard. Elle n’était plus en vie pour que je lui pose la question. À mesure que les anciennes générations disparaissent, les occasions de préserver les souvenirs de première main et hérités des femmes et filles assyriennes s’érodent. Il y a des limites à notre devoir de mémoire, bien sûr ; étant le minimum que nous puissions offrir, il reste incomplet, restreint par les histoires qui n’ont jamais été racontées, par celles dont les noms ont été perdus, aux vies brisées et à la justice qui reste non rendue.


JR Younan est un humoriste, écrivain et médecin britannique d’origine assyrienne.

Écrit par: Viewcom04

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