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PORT-AU-PRINCE — Le 9 août 2025, le gouvernement de facto annonçait l’instauration d’un état d’urgence de trois mois dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre, officiellement destiné à « poursuivre la lutte contre l’insécurité et répondre à la crise agricole et alimentaire ». Adoptée en Conseil des ministres le 8 août, la mesure devait produire ses effets jusqu’au 9 novembre 2025. Les enquêtes conduites par plusieurs institutions internationales faisaient alors état de plus de 1 000 personnes tuées, de plus de 200 blessées et de 620 enlèvements entre octobre 2024 et juin 2025 dans l’Artibonite, le Centre et les zones avoisinantes.
Un an plus tard, à la veille du 9 août 2026, le bilan appelle une vérification élémentaire : le problème pour lequel l’état d’urgence avait été décrété a-t-il été résolu ? Les éléments disponibles permettent difficilement de répondre par l’affirmative. En décembre 2025, les presses locale, nationale et internationale rapportaient encore des attaques de grande ampleur dans l’Artibonite, où des responsables policiers estimaient qu’environ la moitié du département était passée sous l’influence de groupes armés. L’ONU recensait 1 303 victimes de violences dans l’Artibonite et le Centre entre janvier et août 2025, contre 419 durant la même période de 2024. En mars 2026, Washington constatait encore que Viv Ansanm et Gran Grif avaient étendu leurs activités au-delà de Port-au-Prince vers les régions rurales, tandis qu’aucun chef de gang majeur n’avait été arrêté malgré l’intensification annoncée des opérations sécuritaires.
Une autre question concerne la responsabilité institutionnelle : pourquoi cet état d’urgence, présenté en août 2025 comme un instrument exceptionnel de reconquête territoriale, a-t-il pratiquement disparu du discours public ? Où se trouve son bilan administratif ? Quel rapport gouvernemental établit les territoires effectivement récupérés, les axes routiers sécurisés, les structures criminelles démantelées, les arrestations effectuées et les résultats obtenus pendant ces trois mois d’exception ? Un régime dérogatoire au droit commun ne devrait-il pas, dans un État soumis au principe de légalité, donner lieu à une reddition de comptes précisant l’usage des prérogatives extraordinaires accordées à l’Exécutif ?
La Route nationale numéro 1 constitue, à elle seule, un indicateur matériel de la persistance de la crise. En 2025, l’insécurité sur cet axe reliant Port-au-Prince au Nord était déjà suffisamment grave pour que la Route nationale 3 soit présentée par les Nations unies comme une voie alternative moins risquée. En décembre 2025, plusieurs tronçons de la RN1 entre Saint-Marc et L’Estère étaient encore bloqués sur fond de violences et de mobilisation de groupes d’autodéfense. En mars 2026, des études spécialisées continuaient de décrire la RN1 comme un corridor régulièrement affecté par les activités des groupes armés et l’installation de barrages.
La situation observée au début d’août 2026 rend la comparaison plus accablante encore. Le 6 août, Carriès, sur la Nationale 1, était de nouveau signalée comme une zone de violence extrême après l’assassinat de six chauffeurs de camion. Des véhicules blindés destinés aux opérations dans l’Artibonite ont, par ailleurs, été transportés par mer depuis Port-au-Prince jusqu’à Gonaïves, circonstance qui interroge directement la capacité de l’État à garantir la continuité territoriale par voie terrestre. La circulation sur la Nationale 1 peut-elle être considérée comme rétablie et sécurisée lorsque les moyens blindés de l’État eux-mêmes doivent emprunter la voie maritime pour atteindre l’Artibonite ?
La permanence des responsables publics appelle également examen. Vladimir Paraison, installé à la tête de la PNH le 8 août 2025, demeure en fonction un an plus tard, tandis que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé reste confronté à une insécurité suffisamment grave pour avoir conduit le Premier ministre à reconnaître, en mai 2026, que les conditions sécuritaires ne permettaient pas la tenue d’élections au mois d’août. Pourtant, quelques mois plus tard, le même pouvoir présente désormais comme réalisable un scrutin en décembre, auquel serait associé un processus référendaire dont la compatibilité avec la Constitution de 1987 fait l’objet d’une contestation juridique majeure. Par quelle transformation objective de l’environnement sécuritaire ce qui était matériellement impraticable en août deviendrait-il électoralement réalisable en décembre ? Reuters rapportait, au même moment, de nouveaux déplacements de population dans l’Artibonite, avec environ 4 400 personnes contraintes de quitter leur domicile au début du mois de mai 2026.
La responsabilité politique et administrative des autorités se trouve ainsi directement engagée par la question des résultats. Quels critères de performance justifient le maintien des mêmes responsables lorsque les objectifs au nom desquels des pouvoirs extraordinaires leur avaient été accordés restent inachevés ? L’état d’urgence du 9 août 2025 devait constituer une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle. Douze mois plus tard, si les mêmes territoires restent disputés, si la RN1 demeure exposée aux attaques, si des habitants continuent de fuir l’Artibonite et si l’État doit contourner par mer certains axes terrestres, il appartient aux autorités d’expliquer publiquement ce que ces trois mois d’état d’urgence ont effectivement changé.
Un an après le décret, l’interrogation juridique et politique conserve toute sa pertinence : l’état d’urgence a-t-il constitué un véritable mécanisme de restauration de l’autorité publique ou une mesure exceptionnelle arrivée à expiration sans qu’un bilan exhaustif de son exécution et de ses résultats ait été présenté à la population ?
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