Actualités

Haïti | ULCC affaiblie par CPT-Fils Aimé, dossiers sans issue : Stéphane Vincent passe de la DIE à la direction d’une nouvelle plateforme politique

today2026-07-12

Arrière-plan
share close

Dossier des passeports en suspens : Stéphane Vincent se repositionne sur l’échiquier national, prêt éventuellement à participer aux élection-sélections à la Fils-Aimé, accusé de violer systématiquement la Constitution

Port-au-Prince, 12 juillet 2026 — Visé par un rapport de l’Unité de lutte contre la corruption concernant sa gestion de la Direction de l’immigration et de l’émigration, Stéphane Vincent réapparaît sur la scène publique comme initiateur et coordonnateur national de la Table de la Relève Nationale — TRN. Présentée comme une plateforme citoyenne sans ambition électorale, la nouvelle structure investit néanmoins les principaux champs du débat politique : sécurité, transition, retour à l’ordre constitutionnel, représentation dans les espaces décisionnels et reconstruction nationale.

Installé à la tête de la DIE le 9 août 2024, Stéphane Vincent était alors présenté comme cofondateur du parti En Avant, dirigé par l’ancien député Jerry Tardieu. Son passage à la direction de l’institution aura duré moins de quatre mois. Il a été remplacé le 25 novembre 2024, après une administration marquée par des protestations d’employés, des retards dans la livraison des passeports et des interrogations sur le fonctionnement des centres de réception des documents d’identité.

Le dossier a pris une dimension judiciaire le 8 mai 2025, lorsque l’ULCC a transmis au parquet de Port-au-Prince un rapport portant sur la production de passeports entre le 23 septembre et le 25 novembre 2024. Selon les conclusions rapportées par plusieurs médias, 34 570 demandes avaient été traitées au cours de cette période, malgré une grève de la Direction générale des impôts. Sur un échantillon de 736 dossiers, 556 passeports auraient été produits au moyen de timbres fiscaux dont les droits n’avaient pas été acquittés, soit 412 documents destinés à des adultes et 144 à des mineurs. Le manque à gagner présumé pour le Trésor public a été évalué à 3,656 millions de gourdes.

Les enquêteurs ont également fait état d’un compte informatique parallèle créé sous le nom de « Fernando Victor » dans le système de traitement des demandes. Ce profil aurait été utilisé pour valider des dossiers en dehors du circuit administratif régulier. Certaines publications ont présenté cet outil comme un compte bancaire, mais les descriptions les plus détaillées du mécanisme indiquent qu’il s’agissait plutôt d’un compte utilisateur intégré à la plateforme informatique de production des passeports.

L’ULCC a recommandé la mise en mouvement de l’action publique contre Stéphane Vincent, Lesly Saint-Juste, Rubens Pauléon et Marriantha Mérone pour abus de fonction, détournement de biens publics et association de malfaiteurs. Ces qualifications demeurent celles d’un rapport administratif transmis aux autorités judiciaires. Elles ne constituent ni un jugement de culpabilité ni une condamnation pénale.

La défense de Stéphane Vincent a contesté la méthodologie et les conclusions de l’enquête. Me Guerby Blaise a notamment soutenu que son client ne disposait pas des compétences techniques nécessaires pour créer le compte informatique litigieux, que les centres de réception jouissaient d’une autonomie de gestion et que la vérification des timbres fiscaux incombait aux agents de la DGI. Une requête en classement sans suite a été adressée au commissaire du gouvernement le 27 mai 2025, sans empêcher la poursuite de l’instruction.

Stéphane Vincent a été entendu le 8 octobre 2025 par le juge d’instruction Walther Wesser Voltaire. Assisté de son avocat, il a rejeté les accusations, dénoncé une enquête qu’il estimait orientée et déclaré vouloir coopérer avec la justice. Aucune ordonnance définitive de non-lieu ou de renvoi n’a été retrouvée dans les sources publiques consultées jusqu’au 12 juillet 2026. Le dossier demeure ainsi dépourvu de conclusion judiciaire publiquement accessible, laissant subsister à la fois la présomption d’innocence et les constatations administratives formulées par l’ULCC.

Cette absence d’issue intervient au moment où l’architecture institutionnelle de la lutte anticorruption subit les effets du décret CPT/Alix Fils-Aimé du 17 décembre 2025 portant organisation et fonctionnement de la Haute Cour de justice. Publié au Moniteur, numéro spécial 68, ce texte étend la compétence de cette juridiction aux crimes et délits commis par certains grands commis de l’État durant l’exercice de leurs fonctions ou pendant qu’ils étaient en fonction.

L’article 11 introduit plusieurs filtres avant qu’un rapport provenant d’une institution anticorruption puisse conduire à la mise en accusation d’un haut responsable : examen par une commission parlementaire de vingt membres, validation préalable par le conseil d’administration de l’institution concernée, délibération du Conseil des ministres et transmission à la Chambre des députés par le ministre de la Justice. L’article 13 interdit parallèlement aux juridictions ordinaires de connaître des infractions relevant de la Haute Cour et leur impose de transmettre les dossiers au pouvoir exécutif. Or, la Chambre des députés et le Sénat nécessaires au fonctionnement de cette procédure demeurent inexistants.

Ensemble contre la corruption estime que les articles 4 et 13 étendent indûment une protection juridictionnelle à d’anciens hauts responsables et peuvent transformer la Haute Cour en obstacle permanent aux poursuites. L’organisation considère que le décret entrave les enquêtes de l’ULCC et dessaisit les tribunaux ordinaires au profit d’une institution parlementaire incapable de siéger. Me Samuel Madistin a, pour sa part, qualifié le dispositif d’« auto-amnistie », en raison de la dépendance de toute poursuite envers un Parlement absent.

Le décret ne supprime pas formellement l’ULCC et ne classe pas automatiquement les rapports déjà transmis à la justice. Son effet direct sur le cas de Stéphane Vincent ne peut pas davantage être affirmé sans décision juridictionnelle, puisque le directeur général de la DIE ne figure pas expressément parmi les catégories de grands commis énumérées à l’article 2. Le texte contribue toutefois à affaiblir l’environnement général des poursuites anticorruption : l’ULCC peut enquêter, documenter et recommander l’action publique, tandis que l’aboutissement pénal de certains dossiers dépend désormais de procédures politiques et parlementaires matériellement inapplicables.

Cette réduction de la capacité de sanction favorise une forme de réhabilitation par le silence. Des personnalités citées dans des rapports administratifs peuvent revenir à la direction de partis, de regroupements ou de plateformes sans avoir à présenter une décision judiciaire définitive, une explication circonstanciée ou un bilan de leur gestion publique. Les dossiers restent dans les cabinets d’instruction pendant que les acteurs concernés réorganisent leur présence médiatique et institutionnelle.

Stéphane Vincent a ainsi lancé, le 10 juillet 2026, à Pétion-Ville, la Table de la Relève Nationale. L’organisation affirme vouloir réunir professionnels, universitaires, entrepreneurs, cadres, représentants territoriaux et membres de la diaspora. Elle définit cinq priorités : le rétablissement de la sécurité, une transition jugée légitime et vérifiable, le retour à l’ordre constitutionnel, la représentation structurée des nouvelles générations dans les mécanismes de décision et la reconstruction de l’État.

Vincent assure que la TRN n’est pas un parti politique, qu’elle ne présentera aucun candidat et qu’elle ne soutiendra aucune candidature. Cette déclaration statutaire mérite d’être enregistrée. Elle ne suffit cependant pas à retirer toute portée politique à une organisation qui entend intervenir auprès des autorités nationales, des partenaires internationaux et des composantes de la société civile sur la transition, la démocratie, la sécurité et la recomposition de l’État.

Ancien dirigeant d’En Avant, Vincent construit désormais un espace autonome autour de sa personne. Aucune annonce publique retrouvée ne précise les modalités exactes de sa rupture avec la formation de Jerry Tardieu. La création de la TRN traduit néanmoins un déplacement manifeste : de cadre d’un parti déjà constitué, il devient le coordonnateur national d’une structure dont le programme recouvre les domaines ordinaires d’une organisation politique, même si elle refuse provisoirement cette qualification.

Ce repositionnement coïncide avec une nouvelle phase du processus électoral. Le CEP a agréé 316 partis politiques sur 320 dossiers examinés et invite ces formations à se regrouper. Cette prolifération des sigles ne correspond pourtant pas à l’existence d’un calendrier électoral exécutable. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a reconnu, le 11 mai 2026, que les conditions sécuritaires ne permettaient pas d’organiser le premier tour annoncé pour le 30 août. Il a exprimé le souhait d’un scrutin avant la fin de l’année, sans pouvoir garantir une nouvelle date.

Le pouvoir continue ainsi d’enregistrer les partis, de modifier les règles et de présenter des échéances, tandis que des communes restent inaccessibles, que des centres électoraux échappent au contrôle de l’État et que plus d’un million de personnes ont été déplacées par la violence. L’organisation matérielle d’un scrutin libre, inclusif et vérifiable demeure incompatible avec une large partie de la réalité territoriale actuelle.

La TRN acceptera-t-elle de participer directement ou indirectement à un scrutin organisé sans garanties minimales de sécurité, d’égalité entre les électeurs et de contrôle du territoire ? Se transformera-t-elle en regroupement électoral lorsque les candidatures seront ouvertes ? Servira-t-elle de laboratoire de propositions, de structure de négociation ou de satellite chargé de donner une apparence pluraliste à un processus contesté ?

Ces interrogations ne préjugent pas de la culpabilité pénale de Stéphane Vincent. Elles concernent la cohérence politique et l’obligation de reddition de comptes. Celui qui propose désormais de contribuer à la reconstruction institutionnelle doit expliquer publiquement l’état du dossier transmis par l’ULCC, répondre aux conclusions relatives à sa gestion de la DIE et préciser les mécanismes de transparence financière prévus au sein de la TRN.

Faute de réponses, la nouvelle plateforme pourrait être perçue non comme un espace de renouvellement, mais comme un instrument supplémentaire dans une compétition de sigles, de dirigeants et de positionnements personnels. Une telle configuration permettrait à d’anciens responsables cités dans des dossiers demeurés sans issue de revenir au centre du jeu, puis de cautionner n’importe quelle formule électorale, au risque de servir de figurants à un scrutin transformé en exercice de légitimation plutôt qu’en véritable consultation populaire.

The post Haïti | ULCC affaiblie par CPT-Fils Aimé, dossiers sans issue : Stéphane Vincent passe de la DIE à la direction d’une nouvelle plateforme politique first appeared on Rezo Nòdwès.

Écrit par:

Rate it

Articles similaires

Actualités

Haïti | Mondial 2026 : les places de la 5e à la 48e sont désormais connues, les quatre dernières équipes se disputent les plus fortes primes au MetLife Stadium

Tweet La Coupe du monde 2026 s’approche de son épilogue. Sur les 48 nations engagées, 44 connaissent désormais leur classement définitif. Seules la France, l’Espagne, l’Angleterre et l’Argentine restent en course pour les quatre premières places, qui seront attribuées entre le 18 et le 19 juillet. Au-delà du prestige sportif, […]

today2026-07-12


Radio Tv Dromage
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.