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Après la publication de la circulaire signée par Uder Antoine en tant que Directeur général, malgré sa révocation par le Conseil, et dans le contexte créé par le décret électoral du 2 juin 2026 imposé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, la marge de manœuvre du président Jacques Desrosiers et des membres du CEP s’est réduite à peau de chagrin.
Jacques Desrosiers a déjà tenté cette voie (lettre du 4 juin, rencontre du 7 juin avec le Premier ministre). Mais le fait accompli — installation d’Uder Antoine le 5 juin en présence du ministre de la Justice — montre que l’Exécutif impose sa volonté.
Toute négociation aboutirait à une capitulation déguisée.
Résolutions internes, saisine du Tribunal des conflits ou autres démarches judiciaires demeurent largement illusoires dans un système judiciaire affaibli et dans un rapport de force profondément déséquilibré.
Cette option demeure possible en théorie. Toutefois, les États-Unis, l’ONU, la CARICOM, l’Union européenne ainsi que les organisations patronales (CCIH, ADIH, AmCham) privilégient avant tout l’avancement rapide du processus électoral, même au prix d’une indépendance réduite du CEP.
Leur priorité demeure la stabilité et le respect du calendrier électoral sous contrôle exécutif.
Dans ces nouvelles conditions — décret unilatéral du 2 juin, Directeur général imposé, pression convergente du Premier ministre, du patronat et de la communauté internationale pour faire avancer les élections coûte que coûte — Jacques Desrosiers et les conseillers qui refusent cette tutelle n’auraient plus qu’une porte de sortie honorable : la démission collective ou individuelle.
Démissionner ne bloquerait pas nécessairement le processus électoral. L’Exécutif pourrait rapidement nommer un nouveau CEP plus conciliant. Cependant, cette décision permettrait de dénoncer clairement la prise de contrôle de l’institution et de placer la responsabilité politique là où elle se trouve : auprès du Premier ministre et de ses soutiens.
Dans le feuilleton politique haïtien, le provisoire triomphe souvent. Pour Jacques Desrosiers, rester reviendrait à devenir complice d’un simulacre. La démission, aussi douloureuse soit-elle, apparaîtrait alors comme le dernier acte possible de résistance institutionnelle.
Le choix est cruel, mais limpide.
Une démission collective ou individuelle du président Jacques Desrosiers et des membres du Conseil électoral provisoire (CEP) constituerait un séisme institutionnel majeur en juin 2026, avec des conséquences immédiates, moyennes et longues termes très contrastées.
Le CEP perdrait sa direction légitime.
La formation des Agents de registre électoral (ARE), la mise à jour du registre électoral ainsi que la préparation du calendrier pourraient être interrompues ou reprises sous contrôle direct de l’Exécutif via le maintien d’Uder Antoine.
La circulaire déjà signée deviendrait alors la nouvelle référence administrative.
Jacques Desrosiers, journaliste respecté, pourrait transformer sa démission en acte de résistance.
Un communiqué dénonçant publiquement « la prise de contrôle de l’institution par l’Exécutif » aurait un impact important sur les plans national et international et renforcerait la crédibilité morale du CEP auprès de l’opposition et d’une partie de la société civile.
Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé procéderait vraisemblablement à la nomination rapide d’un nouveau CEP plus conciliant, comme cela s’est déjà produit à plusieurs reprises dans l’histoire politique haïtienne.
Uder Antoine deviendrait alors, de facto, le principal maître d’œuvre du processus électoral.
La communauté internationale (États-Unis, ONU, CARICOM, Union européenne) ainsi que le secteur patronal pourraient considérer cette démission comme un obstacle éliminé.
Le décret du 2 juin et le calendrier électoral révisé pourraient alors avancer plus rapidement, mais avec une légitimité encore plus fragile.
Les partis d’opposition, une partie de la diaspora et plusieurs organisations de la société civile pourraient dénoncer un « coup d’État institutionnel ».
Le futur scrutin risquerait d’être contesté dès son lancement, augmentant ainsi les risques de tensions et de conflits post-électoraux.
Les groupes armés pourraient profiter du chaos politique pour consolider davantage leur contrôle territorial.
Une élection perçue comme truquée leur offrirait de nouvelles occasions d’intimidation, de pression et de marchandage politique.
Sa démission pourrait faire de lui une figure de résistance pour certains, qui salueraient son refus de cautionner le processus.
D’autres y verraient plutôt un abandon de responsabilité à un moment critique.
Dans tous les cas, il pourrait sortir politiquement renforcé auprès des milieux critiques du gouvernement.
Le gouvernement remporterait une victoire tactique à court terme.
Cependant, il pourrait faire face à un risque accru de critiques internationales si la démission était largement médiatisée et solidement argumentée.
Malgré cela, les partenaires internationaux privilégient généralement la stabilité et l’organisation d’élections, même imparfaites, compte tenu des urgences sécuritaires et humanitaires.
Une telle situation renforcerait encore le cycle du provisoire qui caractérise la vie politique haïtienne depuis de nombreuses années.
Elle contribuerait également à alimenter une nouvelle crise de légitimité, repoussant davantage la perspective d’élections véritablement crédibles.
Dans le rapport de force actuel — Exécutif, communauté internationale et patronat unis pour faire avancer le processus — la démission constituerait avant tout un geste symbolique.
Elle ne bloquerait probablement pas durablement les élections, mais les rendrait encore plus contestées.
L’Exécutif comblerait rapidement le vide institutionnel, tandis que la population assisterait à un nouvel épisode du long feuilleton politique haïtien où les institutions provisoires sont sacrifiées au nom de la stabilité.
La démission apparaîtrait comme l’option la plus cohérente pour préserver l’intégrité morale du CEP, mais elle reviendrait également à céder le terrain à un processus placé sous tutelle exécutive.
Elle permettrait d’exposer publiquement la prise de contrôle de l’institution tout en accélérant, paradoxalement, le calendrier souhaité par le gouvernement Fils-Aimé.
En Haïti, démissionner ressemble souvent à un cri lancé dans le désert : le provisoire triomphe régulièrement, tandis que les véritables acteurs du terrain — y compris les gangs — continuent d’influencer le rythme des événements.
C’est donc un choix profondément cornélien : rester et se compromettre, ou partir et laisser le champ libre.
L’histoire récente montre que ni l’une ni l’autre de ces options n’a réellement permis de sauver durablement la démocratie haïtienne.
The post Analyse de l’impact d’une possible démission de Jacques Desrosiers et/ou du CEP first appeared on Rezo Nòdwès.
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