L’embarquement définitif vers la France se fait depuis le Cap-Français, après le transfert depuis les Gonaïves. Les lettres de Brunet du 7 juin 1802 figurent dans les mémoires attribués à Toussaint Louverture ; son emprisonnement et sa mort au Fort de Joux sont documentés par les archives et lieux mémoriels français.
Gonaïves, 8 juin 1802 — La veille, à Ennery, Toussaint Louverture avait été arrêté par les troupes françaises du général Brunet, sous l’autorité du général Leclerc, commandant de l’expédition envoyée par Bonaparte à Saint-Domingue. Le lendemain, il fut conduit vers le port des Gonaïves, avant d’être transféré au Cap-Français, point de départ de sa déportation vers la France.
L’épisode ne tient pas seulement du fait militaire. Il marque une rupture politique. Quelques semaines plus tôt, Toussaint avait accepté de se retirer sur ses terres, après l’accord conclu avec Leclerc. L’ancien gouverneur général croyait pouvoir quitter la scène administrative sans renoncer à l’ordre nouveau né de l’abolition de l’esclavage. Mais pour l’état-major français, son autorité morale, son réseau militaire et son prestige auprès des cultivateurs noirs demeuraient une menace.
Les documents de l’époque, notamment les lettres adressées par Brunet à Toussaint, montrent la méthode employée : convocation, langage de conciliation, promesses de bonne foi, puis arrestation. La procédure portait l’apparence d’une négociation ; elle fut, en réalité, une opération de neutralisation politique. La France napoléonienne ne cherchait plus seulement à reprendre la colonie : elle voulait désarmer l’homme qui incarnait l’autonomie de Saint-Domingue.
Le passage par les Gonaïves, le 8 juin 1802, prend dès lors une valeur historique particulière. Cette ville ne fut pas encore le théâtre de l’indépendance proclamée le 1er janvier 1804 ; elle fut d’abord l’un des lieux du basculement tragique de Toussaint vers l’exil. De là, l’ancien chef révolutionnaire fut dirigé vers le Cap-Français, embarqué ensuite vers la métropole, séparé des siens, puis enfermé au Fort de Joux, dans le froid du Jura.
La phrase attribuée à Toussaint — « En me renversant, on n’a abattu que le tronc de l’arbre de la liberté ; il repoussera par les racines » — résume la portée politique de son arrestation. Même si sa formulation exacte appartient aussi à la mémoire révolutionnaire, son sens historique demeure cohérent : la déportation de Toussaint n’a pas détruit la Révolution de Saint-Domingue. Elle a plutôt précipité la rupture définitive avec la France.
Toussaint Louverture meurt au Fort de Joux le 7 avril 1803. Moins de huit mois plus tard, l’armée indigène triomphe à Vertières. Le 1er janvier 1804, aux Gonaïves, Dessalines proclame l’indépendance d’Haïti. Ainsi, la ville qui avait vu passer Toussaint captif en juin 1802 devient, dix-neuf mois plus tard, le lieu fondateur d’un État né du refus de l’esclavage, de la domination coloniale et de la trahison impériale.
recherches : cba
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