Haïti – Le tweet d’une ambassade ne remplace pas la Constitution
Port-au-Prince — Un tweet de l’ambassade américaine ne suffit pas à faire d’Alix Didier Fils-Aimé un roi provisoire, encore moins un dirigeant autorisé à violer la Constitution haïtienne au nom d’un appui diplomatique circonstanciel. En droit, une chancellerie étrangère peut exprimer une position politique ; elle ne peut pas conférer à un gouvernement de fait des pouvoirs que la loi fondamentale du pays ne lui reconnaît pas.
L’affaire Uder Antoine expose une dérive plus grave qu’un simple conflit administratif. En imposant une présence à la tête du Conseil électoral provisoire, Fils-Aimé s’attaque à l’autonomie d’une institution électorale déjà fragilisée. L’article 191 de la Constitution place le CEP au cœur de l’organisation électorale. Le pouvoir exécutif ne peut pas s’y substituer par injonction, pression ou arrangement de coulisse. Lorsqu’un Premier ministre s’arroge cette faculté, il ne gouverne plus : il confisque.
La question diplomatique mérite, elle aussi, un examen sérieux. L’ambassadeur d’Haïti à Washington pourrait-il publiquement commenter une décision de la Cour suprême américaine, une résolution du Congrès ou une mesure électorale touchant exclusivement les citoyens des États-Unis ? Un tel geste serait immédiatement dénoncé comme une intrusion. Pourquoi Haïti devrait-elle accepter ce qui serait jugé inadmissible ailleurs ? La souveraineté ne peut pas être à géométrie variable, selon la faiblesse du moment ou l’identité de la chancellerie concernée.
Le tweet américain ne lave donc rien, affirme Dr Josué Renaud de New England Humans Rights Organization. Il ajoute qu’ « il n’efface ni la violation de l’article 191 ni l’atteinte portée à l’indépendance du CEP« . Fils-Aimé peut chercher des parrains, multiplier les signaux de loyauté diplomatique, invoquer l’urgence électorale ou la stabilité institutionnelle. Mais un acte contraire à la Constitution demeure condamnable, même lorsqu’il reçoit l’ombre protectrice d’une puissance étrangère.
Le danger tient à cette banalisation progressive de l’illégalité. Aujourd’hui, un tweet suffit à couvrir une immixtion dans le CEP ; demain, une note diplomatique servira peut-être à justifier un décret, une nomination, un référendum-bidon ou une confiscation électorale. Haïti n’a pas besoin d’un roi fabriqué par validation externe. Elle a besoin d’institutions respectées, de responsables soumis au droit et d’un gouvernement qui comprenne enfin qu’aucune ambassade ne peut gouverner à la place de la Constitution.
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