Flashback — 11 novembre 2024 / 11 mai 2026 : de la promesse d’une réponse rapide à l’aveu d’un scrutin impossible
PORT-AU-PRINCE — Le 11 novembre 2024, lors de son investiture à la Primature, Alix Didier Fils-Aimé promettait une réponse « globale » et « décisive » à l’insécurité, ainsi que l’organisation d’élections générales devant refermer la longue parenthèse de transition. Dix-sept mois plus tard, le 11 mai 2026, le même chef de gouvernement admet publiquement, sur les ondes de Radio Magik9, que les conditions sécuritaires ne permettent pas la tenue d’une élection présidentielle en août.
L’écart entre la promesse initiale et l’aveu du 11 mai est devenu l’un des marqueurs politiques de cette transition. En novembre 2024, l’insécurité et les élections dominaient déjà les discours de la cérémonie d’investiture. Alix Didier Fils-Aimé, présenté comme un homme d’affaires expérimenté, affirmait vouloir mobiliser les forces sociales afin de neutraliser les gangs armés. Il évoquait alors la création d’un Conseil national de sécurité et d’un Organe de contrôle de l’action gouvernementale, deux instruments censés garantir la réussite de la transition.
Mais, en mai 2026, le constat officiel est tout autre. « Il est clair que les conditions sécuritaires ne sont pas réunies au niveau requis pour organiser des élections en août », a déclaré Fils-Aimé au rédacteur en chef du Nouvelliste, lors d’un entretien diffusé sur Magik9. Cette phrase, à elle seule, réécrit politiquement le bilan de novembre 2024 : le pouvoir qui promettait d’agir vite reconnaît désormais qu’il n’a pas réussi à créer le minimum sécuritaire nécessaire au vote.
Lors de son installation, Fils-Aimé avait aussi promis des élections « incontestées », tout en appelant les forces sociales à l’unité et en dénonçant les clivages politiques. Il disait vouloir travailler en harmonie avec le Conseil présidentiel de transition et suivre les orientations de l’Accord du 3 avril. À l’époque, le président du CPT, Leslie Voltaire, avait lui-même fixé les priorités : rétablissement de la sécurité, référendum et élections. Le mot d’ordre était clair : « agir vite et agir bien », dans le respect des lois de la République.
Or, la situation observée en 2026 inverse presque cette rhétorique. Les gangs ont conservé, voire étendu, leur capacité de nuisance. Dans l’Artibonite, dans la Plaine du Cul-de-Sac, à Kenscoff, à Cabaret, à Arcahaïe et dans plusieurs zones rurales ou périurbaines, les populations continuent de dénoncer les attaques, les déplacements forcés, les routes coupées, les commissariats fragilisés et l’absence de réponse durable de l’État. La transition qui devait rétablir l’ordre public se retrouve ainsi à expliquer pourquoi l’ordre public reste introuvable.
Le contraste est d’autant plus sévère que la cérémonie du 11 novembre 2024 avait rassemblé une large représentation institutionnelle et diplomatique. Plusieurs ministres, responsables de la Police nationale, représentants des Forces armées, diplomates accrédités, responsables municipaux et acteurs politiques avaient pris part à l’installation du nouveau Premier ministre. Seuls deux absents avaient alors retenu l’attention : le Premier ministre sortant Garry Conille et l’ambassadeur des États-Unis, Dennis Hankins.
Dix-sept mois après cette investiture, la question n’est plus seulement électorale. Elle devient juridique, institutionnelle et morale : que vaut une transition installée pour rétablir la sécurité et organiser des élections lorsqu’elle reconnaît elle-même son incapacité à garantir le scrutin annoncé ? Et si l’élection d’août devient impossible, jusqu’où peut aller la prolongation d’un pouvoir sans mandat populaire direct ?
Fils-Aimé évoque désormais, de manière vague, une possible présidentielle avant la fin de l’année. Mais là encore, l’interrogation demeure : quel pays peut raisonnablement prétendre choisir un président en sept mois lorsque la sécurité, la logistique électorale, la confiance politique et la circulation territoriale restent aussi fragiles ?
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