Justine Fontaine et Achim Lippold, du service International de RFI, sont partis en Haïti pour une série de reportages sur la crise qui frappe le pays. Au micro d’Anne Cantener, ils racontent comment ils ont vécu la situation.
Justine Fontaine et Achim Lippold racontent ce qui les a frappés en arrivant à Port-au-Prince, une capitale tenue par les gangs : un centre historique délabré, le désespoir des habitants, le nombre de déplacés… Ils expliquent comment ils sont parvenus à faire témoigner des personnes qui étaient réticentes à parler par peur des représailles. Des récits souvent recueillis ailleurs que dans les quartiers contrôlés par les groupes armés, où la peur est permanente et la parole surveillée.
Mais le danger ne vient pas seulement des gangs. Depuis l’année dernière, la police haïtienne utilise des drones explosifs qui font aussi des victimes civiles. Justine Fontaine et Achim Lippold ont rencontré des témoins de ces exactions. Ils se sont en revanche refusés à donner la parole aux chefs de gangs, contrairement à de nombreux médias. Un choix délibéré, expliquent-ils, pour des raisons déontologiques, mais aussi parce que ces personnes sont déjà suffisamment exposées sur les réseaux sociaux.
Ce travail a pu être réalisé dans des conditions relativement privilégiées, ce qui n’est pas le cas pour les journalistes locaux, confrontés aux problèmes d’insécurité et à des pressions diverses. Il y a deux semaines, deux journalistes ont ainsi été enlevés. La maison d’un autre a été attaquée. Haïti figure à la 111e place sur 180 au classement de Reporters sans frontières.
Une victoire très symbolique aux États-Unis
Les démocrates ont remporté hier une élection partielle dans le district de Palm Beach, où se trouve le domaine de Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump. Emily Gregory y affrontait le républicain Jon Maples pour un siège à la Chambre des représentants de l’État.
Elle l’a emporté de deux points, après avoir mené campagne sur le coût de la vie, en se concentrant notamment sur le logement et l’accès aux soins.
Une victoire symbolique, donc, mais pas seulement. Le Washington Post parle carrément d’un « putsch » dans un État, la Floride, qui penche de plus en plus à droite depuis la première élection de Donald Trump en 2016. D’autant qu’Emily Gregory n’est pas la seule démocrate à avoir gagné hier : dans le district de Tampa où un siège au Sénat local était en jeu, Brian Nathan l’a emporté d’un cheveu face à la républicaine Josie Tomkow.
Ces deux victoires ne changeront rien à la physionomie du Congrès de Floride, qui reste largement dominé par Les Républicains. Mais comme le rappelle Politico, ces victoires s’ajoutent à une liste de succès démocrates qui ne cesse de s’allonger depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Depuis la présidentielle de 2024, les démocrates ont remporté une vingtaine de sièges dans des États républicains ou des États clés, recense le New York Times. À Miami, c’est aussi un démocrate qui a été élu maire en décembre dernier. Une première depuis 30 ans.
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Le rêve brisé d’un étudiant sud-soudanais
Majok Bior a fui le Soudan du Sud à l’âge de douze ans pour se réfugier en Ouganda. Cela ne l’a pas empêché de réaliser une scolarité brillante qui lui a permis d’obtenir une bourse pour l’université de Duke, en Caroline du Nord. Il y entame des études d’informatiques, rejoint l’équipe de foot, continue d’avoir d’excellents résultats et s’imagine déjà s’inscrire en médecine.
Jusqu’à ce que l’administration Trump révoque les visas des étudiants africains, à commencer par les Sud-Soudanais. En un an, le nombre d’entrées d’étudiants africains aux États-Unis chute de près d’un tiers. Les arrivées en provenance du Nigeria et du Ghana, les deux pays du continent qui envoient le plus d’étudiants aux États-Unis, ont même diminué de moitié.
Majok Bior, lui, est rentré en Ouganda. Le pays lui a accordé un passeport spécial pour réfugiés. Il espère que cela lui permettra de contourner l’interdiction frappant les Sud-Soudanais. « Si ça ne marche pas, confie-t-il au Wall Street Journal, je suis peut-être fichu. »
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En Équateur, une exploitation laitière attaquée par l’armée
Au début du mois de mars, l’armée équatorienne a mené une opération contre un prétendu camp d’entraînement de trafiquants de drogue avec le soutien des États-Unis. Cela s’est passé dans le village de San Martin, dans le nord du pays, tout près de la Colombie. Le New York Times s’est rendu sur place. Et l’histoire que les habitants lui ont racontée est bien différente du discours officiel. Le site qui a été détruit était en réalité… une exploitation laitière.
D’après ces témoignages, tout a commencé le 3 mars, quand des soldats équatoriens sont arrivés sur place. Après avoir frappé plusieurs ouvriers – ils en auraient même torturé trois – ils ont mis le feu à plusieurs bâtiments. Les villageois racontent que des hélicoptères de l’armée équatorienne sont revenus trois jours plus tard et ont largué des explosifs sur les ruines calcinées. Des récits corroborés par d’autres sources du New York Times.
Les autorités ont affirmé que des armes avaient été récupérées sur place, mais sans fournir aucune preuve à l’appui. Le New York Times relève que l’armée équatorienne a pourtant l’habitude de diffuser des photos du matériel saisi lors de ses opérations.