Entre désinflation progressive, instabilité sécuritaire et pressions externes, la Banque centrale mise sur la stabilité macroéconomique pour contenir les risques
La Banque de la République d’Haïti (BRH) a publié sa note sur la politique monétaire du premier trimestre de l’exercice fiscal 2025-2026, dressant un tableau contrasté de la conjoncture économique nationale et internationale, marquée par de fortes incertitudes et des vulnérabilités persistantes.
Au niveau mondial, l’économie affiche une certaine résilience. Selon les projections du Fonds monétaire international (FMI), la croissance globale devrait atteindre 3,3 % en 2026, soutenue notamment par les investissements dans les technologies de pointe et un assouplissement des conditions financières. Toutefois, les tensions géopolitiques et les politiques commerciales protectionnistes continuent de peser sur les perspectives économiques.
Sur le plan national, la situation reste préoccupante. L’économie haïtienne enregistre une septième année consécutive de croissance négative, affectée par l’instabilité socio-politique, les catastrophes naturelles et la détérioration du tissu productif. Les intempéries survenues fin octobre 2025 ont aggravé les pertes agricoles et accentué l’insécurité alimentaire, dans un contexte déjà marqué par des déplacements massifs de population.
Malgré ces difficultés, une légère amélioration a été observée sur le front des prix. L’inflation annuelle, qui avait atteint 31,9 % en septembre 2025, a ralenti pour s’établir à 25 % en décembre 2025, traduisant une tendance désinflationniste progressive. Cette évolution s’explique notamment par l’appréciation relative de la gourde et la baisse des prix des produits de base sur le marché international.
Sur le plan des finances publiques, les recettes de l’État ont progressé de 10,9 % au cours du trimestre, mais restent insuffisantes pour couvrir l’augmentation significative des dépenses publiques, entraînant un déficit partiellement financé par la BRH.
Par ailleurs, le secteur externe continue de refléter les déséquilibres structurels de l’économie haïtienne. Les exportations ont reculé tandis que les importations ont augmenté, creusant davantage le déficit commercial. Toutefois, les transferts de la diaspora, en hausse de plus de 10 %, ont contribué à stabiliser le taux de change et à soutenir l’offre de devises dans l’économie.
Face à ce contexte, la BRH a maintenu une orientation prudente de sa politique monétaire. Les principaux instruments, notamment les taux d’intérêt et les coefficients de réserves obligatoires, sont restés inchangés. La banque centrale a poursuivi ses interventions sur le marché des changes et ses opérations de gestion de la liquidité afin de contenir les pressions inflationnistes et préserver la stabilité financière.
Le système bancaire, quant à lui, demeure globalement résilient, malgré une baisse de la rentabilité et un ralentissement des activités. Les indicateurs montrent une amélioration de la qualité des actifs, notamment grâce aux mesures de soutien mises en place par la BRH, comme les moratoires sur certains prêts.
En termes de perspectives, les autorités monétaires restent prudentes. La reprise économique dépend largement du rétablissement de la sécurité et du renforcement des institutions. À cela s’ajoutent des risques externes, notamment liés aux tensions géopolitiques et à la hausse possible des prix du pétrole, susceptibles de raviver les pressions inflationnistes.
Dans ce climat incertain, la BRH réaffirme son engagement à maintenir la stabilité macroéconomique, tout en soutenant les secteurs productifs, notamment les petites et moyennes entreprises, afin de favoriser une reprise progressive de l’économie haïtienne.
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