Il y a des voix qui ne cherchent pas à plaire. Des voix rauques, chargées de boue, de colère, de fiel. Rudy Sanon est de celles-là. Sur les réseaux sociaux, il fait un tabac. Et ce n’est pas à cause d’un look travaillé ou d’un humour léger. Non. Rudy, lui, crache des mots comme des pierres dans les vitres sales de cette République en décomposition. Il ne caresse pas. Il frappe. Il ne fait pas dans la nuance, mais dans la vérité brute, insupportable pour ceux qui préfèrent les parfums de salon aux relents d’égout qui sortent du Palais National, de la Villa d’accueil et des ministères.
Ce qu’il dit choque ? Tant mieux. Parce que ce qu’il dénonce pue. Rudy Sanon agite une boue nauséabonde. C’est comme dans ma nouvelle oú Sonson Pipirit rencontre ce bayakou qui se donne pour mission de vider une fosse pleine de politiciens excrémentiels. Mais plus le bayakou curait la fosse, plus il y avait d’excréments à l’intérieur. Et l’odeur bien sûr n’est pas agréable. Mais pour nettoyer, il faut avoir le courage de supporter cette odeur.
Et à ce jeu-là, il faut une narine solide, un estomac blindé. Rudy Sanon ne fait qu’agiter la merde. Celle qui déborde des ministères, des directions générales, des commissariats, des tribunaux, des chambres de commerce, et jusqu’aux salons poudrés des influenceurs. Une faune de délinquants en cravate et de pervers en tailleur, qui a transformé l’État en dépotoir à ambitions malsaines. Et pendant ce temps, la Presse, cette prétendue conscience de la nation, se vautre dans la compromission, troque ses principes contre quelques miettes de pouvoir, de notoriété ou de cash. Elle se tait quand il faut hurler, et s’indigne quand on lui montre son vrai visage dans le miroir.
On accuse Sanon de vulgarité. Mais dans un pays où l’on viole, où l’on brûle vif, où l’on abat des mères sous les yeux de leurs enfants, que vaut encore la bienséance ? Dans une société où les bandits siègent à la même table que les ministres et les présidents, où la bourgeoisie regarde ailleurs, souriante, pendant que la plèbe crève dans les camps, la seule obscénité qui vaille est le silence complice. Rudy, lui, crie. Il lance à la figure des puissants ce « plòt krache » de Manno Charlemagne, vomi de révolte, écume de colère. Et cela dérange, parce qu’il dit tout haut ce que même la peur n’arrive plus à faire taire chez les plus lucides. Oui, ce pays a besoin de million de bayakou pour curer une fosse qui déborde trop.
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