Cinq ans après l’assassinat du journaliste Diego Charles et de la militante politique Antoinette Duclaire dans la nuit du 29 au 30 juin 2021, l’affaire demeure sans procès ni conclusions judiciaires publiques. Ce dossier continue d’alimenter les interrogations sur l’impunité et sur le bilan sécuritaire des autorités qui dirigeaient alors le pays.
PORT-AU-PRINCE, 29 juin 2026 — Cinq années se sont écoulées depuis la nuit sanglante du 29 au 30 juin 2021, lorsque le journaliste Diego Charles et la militante féministe et politique Antoinette Duclaire furent tués par balles à Christ-Roi, dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Cette nuit-là, sous l’administration de Jovenel Moïse et alors que Claude Joseph occupait les fonctions de Premier ministre de facto, au moins onze personnes furent assassinées à Delmas 32, Christ-Roi et dans les environs par des hommes armés circulant à motocyclette.
Cinq ans plus tard, le dossier demeure sans procès, sans condamnation, sans réparation judiciaire. Alix Didier Fils-Aimé, chef d’un gouvernement de doublure, parle désormais de pôles judiciaires spécialisés, notamment contre les crimes de masse, les violences sexuelles et les délits financiers complexes, mais reste silencieux sur ces crimes du passé restés sans réponse. Comme si les morts devaient ensevelir les morts. À l’approche du cinquième anniversaire de l’assassinat de Jovenel Moïse, ce silence pourrait exposer en plein jour l’hypocrisie institutionnelle : célébrer la justice dans les discours, tout en laissant dormir les dossiers qui dérangent.
Diego Charles, journaliste de Vision 2000, et Antoinette Duclaire, connue également sous le nom de « Netty », furent abattus à bord d’un véhicule Mazda près de la résidence du journaliste dans le secteur d’Acacia, à Christ-Roi. Leur assassinat provoqua une onde de choc au sein de la presse haïtienne, des organisations de défense des droits humains et des mouvements citoyens. Quelques jours seulement avant l’assassinat du président Jovenel Moïse, la capitale connaissait déjà une détérioration accélérée de la situation sécuritaire, marquée par les massacres, les affrontements armés et les enlèvements.
L’un des épisodes les plus troublants de cette affaire demeure la déclaration faite moins de vingt-quatre heures après les faits par le directeur général a.i. de la Police nationale d’Haïti, Léon Charles, affirmant que les auteurs du crime avaient déjà été identifiés. Cette annonce rapide avait alors suscité l’espoir d’une procédure judiciaire diligente et de l’arrestation des responsables.
Pourtant, malgré cette assurance publique, aucun procès d’envergure n’a été organisé, aucune responsabilité pénale n’a été établie devant un tribunal et le dossier semble s’être progressivement enlisé dans les méandres du système judiciaire haïtien. Les promesses d’enquête et les déclarations officielles se sont effacées avec le temps, laissant place à un silence institutionnel qui continue d’alimenter les interrogations.
Le 6 août 2021, Amnesty International alertait sur les menaces de mort et les actes d’intimidation visant les familles des deux victimes et réclamait des mesures de protection ainsi que la poursuite effective des enquêtes. L’organisation appelait les autorités haïtiennes à garantir la sécurité des proches des victimes et à faire avancer le dossier judiciaire. Là encore, les appels de la communauté internationale et des organisations de défense de la liberté de la presse n’ont pas permis de faire progresser publiquement cette affaire.
Cinq ans plus tard, ce crime demeure l’un des symboles les plus marquants de l’impunité en Haïti. Le rappel de cette tragédie intervient au moment où plusieurs responsables politiques de l’époque poursuivent leur carrière publique ou affichent des ambitions nationales. Claude Joseph, devenu chef de parti politique, reste associé, sur le plan institutionnel et historique, à cette période durant laquelle journalistes, militants et citoyens ordinaires continuaient de tomber sous les balles sans que l’État ne parvienne à garantir sécurité, justice et reddition de comptes.
Ce cinquième anniversaire ramène au premier plan un dossier qui traverse les années sans jugement ni réparation, pendant que plusieurs acteurs politiques de l’époque sollicitent à nouveau la confiance de la population. Pour les proches de Diego Charles et d’Antoinette Duclaire, comme pour une partie de l’opinion publique, une même interrogation demeure : comment prétendre ouvrir un nouveau chapitre politique alors que les crimes ayant marqué cette période restent privés de vérité judiciaire et de réponses institutionnelles ?
cba
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