PORT-AU-PRINCE, vendredi 18 septembre 2026 — L’absence de mécanismes institutionnels de contrôle et de sanction constitue, selon le journaliste-senior et analyste politique Marvel Dandin, l’une des principales faiblesses de la démocratie haïtienne. Au cours de son analyse de vendredi à l’émission Di’m Ma Di’w sur sur Radio Kiskeya, il a établi un parallèle entre plusieurs administrations, de François Duvalier à Ariel Henry, jusqu’au gouvernement de doublure d’Alix Didier Fils-Aimé, pour dénoncer la concentration du pouvoir exécutif et l’inapplication des engagements politiques destinés à en limiter l’exercice.
Pour M. Dandin, le fonctionnement démocratique ne saurait dépendre exclusivement de la volonté des dirigeants. Il suppose des institutions capables de contrôler leurs décisions, d’exiger des comptes et de sanctionner les manquements. Or, l’histoire politique haïtienne témoigne, selon son analyse, d’une tendance persistante de l’exécutif à neutraliser les structures susceptibles de restreindre son autorité.
Fils-Aimé et le Pacte national du 21 février 2026 : des mécanismes de contrôle restés inappliqués
Le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, signé le 21 février 2026, constitue le cadre politique auquel Marvel Dandin fait référence. L’analyste reproche au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé de ne pas avoir donné effet aux mécanismes de contrôle prévus par cet engagement, privant ainsi la transition d’un dispositif de surveillance de l’action gouvernementale et de vérification du respect des obligations contractées par les parties signataires.
Le Pacte national de 2026 prévoit un Comité consultatif aux articles 20 à 22, mais ne reconduit pas l’Organe de contrôle de l’action gouvernementale (OCAG) de l’accord de 2024. Il convient donc de distinguer l’absence d’un véritable organe de surveillance du non-respect d’un mécanisme expressément prévu par le Pacte.
Selon Marvel Dandin, le gouvernement Fils-Aimé n’a pas donné suite à cette disposition. L’absence de cet organe prive ainsi le dispositif transitoire d’un instrument de surveillance expressément prévu par l’accord politique.
Cette situation conduit à une interrogation institutionnelle : quelle valeur peut conserver un accord lorsque les autorités qui en tirent leur légitimité politique ne respectent pas les dispositions destinées à encadrer leur propre pouvoir ?
Ariel Henry : les accords de 2021 et de 2022 également évoqués
Marvel Dandin est également revenu sur la gestion politique d’Ariel Henry, notamment les accords du 11 septembre 2021 et du 21 décembre 2022 – Akò Tonton Nwèl, pour Rezo Nòdwès.
Selon lui, ces arrangements politiques n’ont pas davantage permis l’application effective des mécanismes de contrôle annoncés. Le pouvoir exécutif a ainsi conservé une latitude considérable, sans dispositif suffisamment opérationnel pour garantir le respect des engagements conclus avec les autres acteurs de la transition.
Le journaliste qui a vécu les premières heures de la dictature en Haiti, établit une continuité entre les deux périodes : les accords définissent des obligations, mais leur application dépend largement de ceux-là mêmes dont ils sont censés encadrer l’autorité.
De Duvalier à Aristide : le contrôle parlementaire au cœur des rapports de pouvoir
Pour illustrer cette problématique, Dandin a rappelé le précédent de François Duvalier. Celui-ci avait procédé à la neutralisation du Sénat, supprimant ainsi un espace de contrôle parlementaire avant l’instauration de la présidence à vie en 1964.
Le journaliste a également évoqué Dumarsais Estimé, auquel il attribue une volonté de réduire les contraintes liées au fonctionnement bicaméral du Parlement, notamment les échanges institutionnels entre la Chambre des députés et le Sénat.
Ces références historiques permettent à Dandin de présenter la concentration du pouvoir comme une problématique récurrente de la gouvernance haïtienne. Les circonstances politiques diffèrent, mais son raisonnement porte sur un même enjeu : la capacité des institutions à empêcher l’exécutif d’exercer seul l’ensemble des prérogatives de l’État.
Un organe de contrôle expressément prévu, mais jamais installé
Le texte de l’accord du 3 avril 2024 apporte un fondement documentaire à cette analyse.
Son article 2 prévoit trois instances de gouvernance : le Conseil présidentiel, le gouvernement et l’Organe de contrôle de l’action gouvernementale. L’article 10 fixe à quinze le nombre de membres de cet organe, tandis que l’article 22 lui confie la surveillance de l’action gouvernementale, du respect des lois et de l’éthique dans la gestion publique.
Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) avait déjà dénoncé, dans son rapport d’avril 2025, la non-installation de cet organe, estimant que cette carence avait permis au Conseil présidentiel de transition d’exercer ses fonctions sans le contrôle spécifiquement prévu par l’accord.
Sans contrôle ni sanction, quelle responsabilité pour le pouvoir exécutif ?
L’analyse de Marvel Dandin débouche sur une interrogation fondamentale concernant l’exercice du pouvoir par Alix Didier Fils-Aimé, un candidat malheureux aux sénatoriales de 2016.
En l’absence de Parlement fonctionnel et de l’organe de contrôle prévu par l’accord de transition, quels mécanismes permettent effectivement d’exiger du chef du gouvernement une reddition de comptes ? Qui peut contrôler ses décisions, vérifier l’exécution de ses engagements et engager sa responsabilité politique ?
Pour le journaliste, la démocratie ne peut être consolidée par la seule succession d’accords politiques. Elle nécessite des mécanismes permanents de surveillance et des procédures de sanction susceptibles de s’appliquer aux gouvernants.
Son analyse de ce vendredi décrit ainsi une transition au sein de laquelle l’exécutif ‘restavèk dispose d’une importante marge de manœuvre, sans contrepoids politique institutionnel équivalent à celui qu’aurait constitué un Parlement en exercice.
Sans mécanismes de contrôle et de sanction, conclut en substance le raisonnement de Dandin, les accords politiques risquent de demeurer des engagements dépourvus de garanties d’exécution.
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