Fils-Aimé à la tribune : beaucoup de paroles, mais quelle substance nouvelle ? « Une masturbation politique », accuse Josué Renaud
NEW YORK, vendredi 25 septembre 2026 — Sécurité, justice, démocratie, élections : à la tribune des Nations Unies, le Premier ministre de doublure, Alix Didier Fils-Aimé, a resservi le « bouillon réchauffé » de janvier 2026, multipliant les redites sans apporter, selon le Dr Josué Renaud, d’élément véritablement nouveau. Quelques heures après cette intervention, le responsable de NEHRO livre à Rezo Nòdwès un jugement sans détour : « Une masturbation politique. Il a beau parler, mais il n’a rien dit. »
Pour Renaud, le Premier ministre a servi à New York un menu déjà connu. « Qu’est-ce qu’il a dit que nous ne savions pas déjà ? », demande-t-il. Sécurité, élections, justice, retour à l’ordre constitutionnel : les thèmes étaient là, mais, selon lui, ni les réponses ni les solutions appropriées. Le responsable de NEHRO pousse plus loin sa critique, présentant Fils-Aimé comme quelqu’un « qui ne fut jamais un bon administrateur et qui n’avait même pas su gérer sa campagne électorale de 2015 ».
« Et le 13 décembre ? »
C’est le grand reproche de Renaud. Fils-Aimé parle d’élections, mais le calendrier du CEP fixe toujours le premier tour au 13 décembre 2026.
« Il parle des élections, mais il ne dit pas si les élections du 13 décembre vont se faire. »
Fils-Aimé avait pourtant affirmé que « la machine électorale est en marche » et que les transitions « ne peuvent devenir un mode de gouvernance ».
Renaud retourne la formule contre lui : « Il parle de transition. Mais lui-même, il est dans quoi ? »
Et il pose la question qui pourrait rapidement devenir embarrassante : « Est-ce normal de traverser le 13 décembre sans élections et de continuer comme si de rien n’était ? » Renaud, lui, ne croit pas au calendrier : « Ils ne pourront pas faire les élections le 13 décembre. »
Justice : « Où sont les condamnations ? »
Fils-Aimé a également parlé de justice. Là encore, Renaud réclame un bilan.
« Où sont les gens jugés ? Où sont les condamnations ? »
Pour lui, invoquer l’État de droit à la tribune de l’ONU ne suffit pas lorsque de grands dossiers criminels et financiers demeurent sans aboutissement judiciaire, sur fond d’accusations d’impunité, de corruption et de contrats aux montants considérables attribués, selon ses critiques, sans procédure régulière de passation des marchés publics. Même réquisitoire sur la sécurité : « On parle de sécurité, mais regardez le pays : les gangs tuent, décapitent et continuent d’étendre leur emprise. »
Kenscoff : « Même une minute… »
Renaud reproche surtout au chef du gouvernement de doublure ne pas avoir accordé, selon lui, la place attendue aux victimes de Kenscoff.
« Même une minute de recueillement pour les victimes de Kenscoff, il ne l’a pas faite. »
Pour le responsable de NEHRO, parler au nom d’Haïti devant le monde imposait également de parler des morts, des disparus, des déplacés et des familles vivant sous la pression des groupes armés.
« Trois présidents du CEP, et pas d’élections »
Puis vient le CEP, le chien gardé d’Uder Antoine.
Entre changements successifs à sa tête, difficultés d’inscription des électeurs et incertitudes sécuritaires, Renaud résume son scepticisme par une formule : « Trois présidents du CEP en deux ans, et pas d’élections. »
Il dénonce également la proximité entre le pouvoir et certains acteurs engagés dans la compétition électorale, notamment autour de VIKTWA et de son candidat à la présidence, qu’il accuse sévèrement de « n’avoir aucune notion de l’histoire nationale », en référence à ses récentes déclarations controversées sur le lieu de naissance de Jean-Jacques Dessalines.
« Vous ne pouvez pas être juge et partie », insiste Renaud. Au-delà de la charge politique, l’interrogation devient institutionnelle : un gouvernement de transition chargé de conduire le pays aux élections peut-il simultanément entretenir des liens avec une plateforme et des acteurs engagés dans la compétition électorale sans compromettre, ou à tout le moins fragiliser, la perception d’impartialité du processus ?
« Pourquoi tout ce simulacre ? »
Rezo Nòdwès pousse alors l’interrogation jusqu’à son terme : si le processus électoral devait être verrouillé et son issue déterminée à l’avance, pourquoi mobiliser autant de ressources publiques pour en entretenir les apparences ?
« Pourquoi tout ce simulacre ? », répond Renaud.
Sa critique déborde le seul dossier électoral. Elle vise également les voyages officiels, les dépenses publiques et les contrats de lobbying conclus sous l’administration Fils-Aimé, au moment où une large partie de la population demeure confrontée à l’insécurité, au chômage, aux difficultés d’accès à l’école et aux soins de santé.
Beaucoup parlé. Mais après ?
Au bout de l’entretien, Renaud revient toujours au même point : où est la nouveauté ?
Fils-Aimé a parlé de démocratie. Il a parlé de justice. Il a parlé de sécurité. Il a parlé d’élections. Mais le 13 décembre, lui, demeure au calendrier.
Et pour Josué Renaud, c’est là que s’arrête la rhétorique et que commence le bilan.
« Il a beau parler, mais il n’a rien dit. »
Rezo Nòdwèsinvite ses lecteurs et auditeurs à écouter l’intégralité de l’entretien accordé par le Dr Josué Renaud à cba, vendredi, quelques heures après l’intervention d’Alix Didier Fils-Aimé à la tribune des Nations Unies. Un échange sans détour sur le discours de New York, la sécurité, la justice, le CEP, VIKTWA, l’échéance du 13 décembre et, plus largement, l’avenir de la transition politique en Haïti.
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