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Flashback | « Criminels », disait Schiller Louidor des candidats : Fanmi Lavalas ira-t-il malgré tout déposer les siens avant le 22 septembre ?

today2026-09-13

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Dr Schiller Louidor avait traité les candidats de « criminels » : trois semaines plus tard, Fanmi Lavalas peut-il encore tenir deux lignes électorales ?

PORT-AU-PRINCE, 13 septembre 2026 — Le calendrier du Conseil électoral provisoire (CEP) transforme désormais les déclarations de Fanmi Lavalas en épreuve politique concrète. Depuis ce dimanche 13 septembre et jusqu’au mardi 22 septembre, les prétendants aux prochaines élections disposent de dix jours pour déposer officiellement leurs dossiers. Or, le 25 août, Schiller Louidor, figure de Lavalas, avait été catégorique : ceux qui veulent devenir candidats sont des « criminels ». À neuf jours de la fermeture des candidatures, le parti peut-il continuer à conjuguer une condamnation aussi radicale avec sa présence au sein d’un gouvernement engagé dans l’exécution du calendrier électoral ?

Le 25 août 2026, Schiller Louidor n’avait laissé que peu d’espace à l’interprétation. Intervenant sur Radio Méga, lors de l’émission « Booster », il avait déclaré : « Ils sont tous des criminels, ceux qui veulent se faire inscrire ou se sont inscrits comme candidats, sénateurs, députés, maires. » Il invoquait notamment les massacres et l’emprise territoriale des groupes armés pour demander, en substance : « Où ces élections vont-elles se tenir ? »

Trois semaines plus tard, la déclaration change de portée. Le CEP a ouvert, le 13 septembre, la période formelle de dépôt des candidatures. Elle prendra fin le 22 septembre 2026. Les prétendants au Sénat doivent déposer leur dossier auprès des BED concernés, tandis que ceux à la Chambre des députés et aux collectivités territoriales doivent accomplir leurs formalités auprès des BEC territorialement compétents.

Le dispositif contient lui-même des aménagements qui renseignent sur l’état territorial du pays. Pour plusieurs circonscriptions de l’Ouest — notamment Carrefour, Gressier, Kenscoff, Cabaret, Croix-des-Bouquets, Ganthier, Thomazeau ou Port-au-Prince III — le CEP prévoit la réception de dossiers au BED Ouest I, route de Frères. Des dispositions similaires concernent plusieurs communes de l’Artibonite, tandis que les dossiers de Mirebalais et de Saut-d’Eau doivent être traités au BED du Centre. Le CEP présente ces transferts comme un moyen d’assurer la « continuité des opérations ».

Autrement dit, l’institution électorale ouvre les candidatures tout en délocalisant certaines procédures hors des circonscriptions normalement compétentes. Ce mécanisme administratif fournit involontairement une matière supplémentaire au réquisitoire de Louidor : si l’État électoral doit contourner certaines communes pour enregistrer les candidats appelés à les représenter, quelle sera ensuite la capacité réelle d’y organiser campagne, vote, dépouillement, transmission des procès-verbaux et contentieux électoral ?

Du « criminel » de Louidor au candidat officiellement enregistré

Le 22 septembre devient ainsi une date politique particulièrement embarrassante pour Fanmi Lavalas.

À cette échéance, les formulations générales pourront être comparées aux faits : qui aura déposé sa candidature ? Sous quelle bannière ? Avec quel soutien partisan ? Et surtout, Fanmi Lavalas considérera-t-il réellement comme « criminel », selon les mots de Schiller Louidor, tout membre, allié ou personnalité de son environnement politique qui aura choisi de s’enregistrer ?

Car la direction du parti a depuis adopté une formulation sensiblement différente.

Le 7 septembre, Maryse Narcisse a réaffirmé une doctrine moins absolue : « sécurité d’abord, élections ensuite ». Selon cette position, le retour des déplacés, la libre circulation des citoyens et la restauration d’un environnement sécuritaire constituent des conditions préalables à la tenue d’élections crédibles.

La différence sémantique est politiquement considérable. Dire que les conditions objectives ne permettent pas actuellement un scrutin crédible appartient au registre de l’analyse politique. Qualifier de « criminels » ceux qui présentent leur candidature introduit une accusation autrement plus grave, même employée dans le registre de la dénonciation politique.

D’où une interrogation que le calendrier du CEP rend impossible à différer : la phrase de Schiller Louidor constitue-t-elle la doctrine de Fanmi Lavalas ou seulement la position personnelle d’un de ses dirigeants ?

Un ministre Lavalas dans le train électoral

La contradiction devient plus difficile encore à soutenir au regard du cas de Joseph Almathe Pierre Louis, ministre des Travaux publics, Transports et Communications.

Le 10 août, à Port-Salut, celui-ci s’était personnellement inscrit au registre électoral. Après avoir accompli cette formalité, il avait encouragé les citoyens à participer au processus et présenté une forte participation comme un élément favorable à l’organisation d’élections libres, inclusives et transparentes.

Plus tard, le 20 août, lors d’une mission gouvernementale aux Gonaïves, une délégation conduite notamment par Joseph Almathe Pierre Louis avait également évalué les préparatifs électoraux au Centre d’inscription et de vote du Lycée du Bicentenaire.

Le ministre ne se situe donc pas simplement à proximité institutionnelle du processus : ses propres interventions publiques documentent une participation à sa préparation et un encouragement adressé aux électeurs.

L’équation politique devient alors singulière.

Si les élections sont impossibles, pourquoi un représentant de Lavalas demeure-t-il dans un gouvernement qui les prépare ?

Si les citoyens doivent attendre le rétablissement de la sécurité, pourquoi ce même ministre les a-t-il appelés à s’inscrire ?

Et surtout : si les candidats sont des « criminels », comme l’affirmait Schiller Louidor le 25 août, quelle sera la position de Lavalas si des personnalités issues de son propre environnement déposent leurs dossiers avant le 22 septembre ?

Le 22 septembre : l’heure de vérité

Le calendrier du CEP produit ainsi une sorte de dies ad quem politique : le 22 septembre fixe la date limite au-delà de laquelle les ambiguïtés deviendront beaucoup plus difficiles à dissimuler derrière des formules générales.

Fanmi Lavalas pourra difficilement défendre simultanément trois propositions sans en expliquer la cohérence : considérer les élections impossibles faute de sécurité ; maintenir un représentant dans un gouvernement qui prépare ces élections ; et laisser sans clarification publique la qualification de « criminels » appliquée par Schiller Louidor aux personnes décidant de se porter candidates.

L’enjeu dépasse une querelle de vocabulaire. Il concerne la cohérence d’une organisation historiquement associée au suffrage populaire et à l’élection du 16 décembre 1990, mais aujourd’hui placée devant un choix politique beaucoup moins confortable : participer, rompre ou définir précisément les conditions auxquelles elle accepte de rester dans le dispositif.

Le CEP, lui, a déclenché son chronomètre : 13 septembre — 22 septembre. Dix jours pour les candidats.

Pour Fanmi Lavalas, ces dix jours pourraient également devenir ceux de la clarification.

Car après le 22 septembre, les noms seront déposés, les appartenances politiques identifiables et les candidatures matériellement constituées. Il ne suffira plus d’affirmer simultanément que le train ne peut pas partir tout en laissant certains de ses représentants voyager dans ses wagons.

Schiller Louidor avait-il annoncé une ligne politique que Lavalas n’osait pas encore assumer ? Avait-il, au contraire, franchi seul une frontière rhétorique que son parti refuse d’endosser ? Ou assiste-t-on à une stratégie à deux voix : l’une condamne le processus depuis l’extérieur, tandis que l’autre conserve sa place au sein de l’appareil qui l’organise ?

Le 22 septembre offrira peut-être un premier élément de réponse.

Rezo Nòdwès

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