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Le lundi 17 août 2026, le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, a publié un nouveau message depuis Haïti. Après avoir salué la veille son arrivée et l’écoute des « priorités définies par Haïti », il enfonce le clou. Dans ce communiqué, il affirme que la délégation a reçu « une présentation de l’équipe d’observation et de coopération électorales de l’OEA sur l’appui qu’elle continue d’apporter au Conseil électoral provisoire », et insiste sur la nécessité de « renforcer les capacités de l’Office national d’identification (ONI) afin de délivrer les cartes d’identification, d’élargir l’inscription des électeurs, de faciliter la participation des populations déplacées, de simplifier l’enregistrement des candidatures et de renforcer les efforts d’information du public menés par le CEP ».
Il ajoute que « ces mesures seront essentielles pour garantir un processus électoral inclusif, crédible et transparent ». Et de conclure : « Ce processus demeure dirigé par les Haïtiens. L’OEA est prête à continuer d’accompagner et de soutenir les autorités haïtiennes, conformément à leurs priorités et à leurs demandes, alors qu’elles poursuivent les préparatifs en vue d’élections pacifiques, participatives et crédibles en décembre. »
Le texte est technique, rassurant, institutionnel. Il parle de cartes d’identité, d’inscription, de candidatures, de communication. Il ne dit presque rien sur l’essentiel : la sécurité.
L’impasse totale sur la question sécuritaire
Dans un pays où les gangs contrôlent encore, selon les estimations les plus prudentes, plus de 75 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince et pèsent lourdement sur les routes nationales, le silence de l’OEA est assourdissant. Pas un mot sur le contrôle territorial des groupes armés. Pas un mot sur l’impossibilité matérielle, dans de nombreuses zones, d’installer des centres d’inscription ou de vote sans l’accord – tacite ou explicite – de ceux qui tiennent le terrain. Pas un mot sur la capacité réelle de la Force de répression des gangs (FRG) à sécuriser durablement les axes et les bureaux de vote d’ici décembre. Pas un mot sur le risque évident que le scrutin ne se tienne que là où les gangs auront accepté de « se faire discrets ».
En choisissant de parler exclusivement de logistique électorale et de renforcement institutionnel, l’OEA fait comme si la question sécuritaire était secondaire, voire déjà réglée. Or, en Haïti, en 2026, la sécurité n’est pas un détail technique. Elle est la condition préalable à tout processus électoral digne de ce nom. Ignorer cette réalité, c’est accepter par avance qu’une partie du territoire – et donc une partie du corps électoral – restera hors jeu, ou ne participera que dans les conditions fixées par les acteurs armés.
S’embarquer dans le plan de Fils-Aimé
Ce silence n’est pas anodin. Il s’inscrit parfaitement dans la logique du calendrier défendu par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et ses alliés. Pour que le 13 décembre ait lieu malgré l’emprise des gangs, il faut que ceux-ci acceptent, au moins temporairement, de réduire leur visibilité sur certains axes et dans certaines zones. Il faut que les routes « s’ouvrent » au moment opportun, que des centres de vote puissent être installés là où c’est
politiquement utile, et que le processus se déroule avec suffisamment d’apparence de normalité pour être validé par la communauté internationale.
En multipliant les messages sur le soutien technique au CEP et à l’ONI, tout en évitant soigneusement d’exiger des conditions sécuritaires minimales sur l’ensemble du territoire, l’OEA apporte sa caution à cette stratégie. Elle transforme un scrutin potentiellement sélectif et négocié avec les réalités du terrain criminel en « processus dirigé par les Haïtiens » digne d’être accompagné. Elle facilite, objectivement, la prise de pouvoir légale du camp politique regroupé autour de Viktwa et de ses alliés.
Le langage utilisé est révélateur. Ramdin parle de « défis considérables », mais les traite comme des obstacles techniques à surmonter par plus d’inscription et plus d’information. Il salue le « dévouement des institutions et des acteurs haïtiens qui œuvrent à défendre les droits démocratiques de leur peuple », sans interroger leur capacité réelle à garantir un vote libre là où les gangs font la loi. Il répète que le processus est « haïtien » et que l’OEA agit « conformément à leurs priorités et à leurs demandes » pour mieux esquiver la question de savoir qui, exactement, contrôle les conditions dans lesquelles ce processus se déroule.
Une complicité par omission
L’OEA n’a pas besoin d’approuver explicitement un arrangement avec les gangs pour en devenir, par son silence, un facilitateur. En refusant de placer la sécurité au centre de ses déclarations, elle valide l’idée qu’un scrutin peut être organisé « malgré » l’emprise criminelle, pourvu que la logistique électorale avance. Elle s’embarque ainsi dans un plan où la légalité formelle du 13 décembre importera plus que sa réalité démocratique.
Ce choix a un prix. Si le scrutin se déroule dans un pays encore largement fragmenté entre zones sous contrôle de l’État et zones sous contrôle des gangs, si des pans entiers de la population ne peuvent voter librement, et si le résultat consolide le pouvoir en place grâce à une participation sélective, l’OEA aura contribué, par son accompagnement sans exigence, à légitimer ce dénouement. Elle aura préféré la coordination et le soutien technique à la lucidité.
Haïti n’a pas besoin d’une organisation internationale qui se contente de parler de cartes d’identité et d’inscription des électeurs pendant que les routes nationales restent sous la menace des armes. Elle a besoin d’institutions capables de dire clairement qu’aucun processus électoral crédible n’est possible tant que l’État ne contrôle pas l’essentiel de son territoire. Pour l’instant, le dernier message de Ramdin montre que l’OEA a choisi une autre voie : celle du silence sécuritaire et de l’accompagnement du calendrier de Fils-Aimé.
The post Quand l’OEA regarde ailleurs : Le silence sécuritaire au service du calendrier du pouvoir first appeared on Rezo Nòdwès.
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