Le 28 juillet 2026, l’ouverture des offres économiques de la licitation internationale de l’Indotel (INDOTEL/LPI-001-2026) pour les bandes 700 MHz, AWS, 2300-2400 MHz et surtout 3500-3700 MHz n’a pas eu lieu.
Conformément à la Résolution 041-2026, cet acte décisif est reporté au 18 août 2026. Ce délai technique offre un répit précieux pour examiner sereinement les enjeux profonds de ce processus, notamment les ambitions « pan-insulaires » et les soupçons de favoritisme envers certains acteurs, dont Viettel (actionnaire majoritaire de Natcom en Haïti).
Cette licitation porte sur l’attribution de quantités significatives de spectre (jusqu’à 60 MHz en 700 MHz pour la couverture, 120 MHz en 3,5 GHz pour la capacité 5G) sur le territoire dominicain. Objectif affiché : moderniser les réseaux, attirer les investissements et réduire la fracture numérique, avec la possibilité de convertir jusqu’à 30 % du paiement en obligations de couverture.
Critiques du projet pan-insulaire : souveraineté et dépendance
Certaines voix, des deux côtés de la frontière, évoquent une vision « pan-insulaire » : un ou plusieurs opérateurs uniques ou un consortium dominant pour toute l’île d’Hispaniola. Sur le papier, cette idée séduit par ses promesses d’économies d’échelle, de couverture unifiée des zones frontalières et d’intégration économique.
En réalité, elle soulève de sérieuses critiques :
• Atteinte à la souveraineté nationale : Confier une partie du spectre et des infrastructures essentielles à un opérateur unique ou dominé par des intérêts étrangers risque de limiter le contrôle des États sur un secteur stratégique. Haïti et la RD conserveraient-elles leur pleine autonomie en matière de régulation, de sécurité des données ou de priorités nationales ?
• Risque de monopole ou d’oligopole transfrontalier : Un tel schéma pourrait marginaliser les opérateurs locaux et créer une dépendance structurelle. L’histoire montre que les grands groupes régionaux ou internationaux imposent souvent leurs priorités commerciales au détriment des besoins spécifiques des populations les plus vulnérables.
• Déséquilibre entre les deux pays : Avec des marchés et des capacités réglementaires très différents, une intégration forcée pourrait accentuer les asymétries plutôt que de les corriger.
Soupçons de biais en faveur de Viettel
Les critiques les plus vives portent sur un supposé biais en faveur de Viettel (groupe vietnamien d’État, partenaire de Natcom en Haïti). Sa présence déjà forte du côté haïtien, combinée à une possible extension via des consortiums ou des partenariats dans la licitation dominicaine, alimente les craintes d’une mainmise progressive sur l’ensemble de l’île.
On reproche notamment :
• Un manque de transparence sur les éventuels liens ou stratégies régionales impliquant Viettel.
• Le risque que des offres techniquement ou financièrement agressives servent moins la concurrence loyale que la consolidation d’une position dominante. • Une vision géopolitique où un acteur étranger, même performant, pourrait influencer indirectement les dynamiques binationales.
Ces préoccupations ne sont pas infondées dans un contexte où le spectre radioélectrique constitue une ressource rare et stratégique.
Le report, une chance de clarification
Ce report au 18 août n’est pas un simple ajustement technique. Il doit servir à exiger plus de clarté de la part de l’Indotel : publication complète des offres qualifiées, garanties d’absence de conflits d’intérêts, et évaluation rigoureuse des implications transfrontalières.
Pour Haïti, via le CONATEL, c’est aussi le moment d’affirmer ses positions et de refuser toute intégration qui se ferait au détriment de sa souveraineté numérique.
La connectivité de l’île doit progresser, mais pas à n’importe quel prix. Les autorités dominicaines ont la responsabilité de mener ce processus avec une impartialité irréprochable, en privilégiant la concurrence saine, la transparence et l’intérêt supérieur des populations des deux nations.
Plutôt qu’une intégration précipitée sous domination étrangère, privilégions une coopération équilibrée, respectueuse des souverainetés et centrée sur les besoins réels des citoyens.
Le 18 août doit marquer non seulement l’ouverture des enveloppes, mais aussi l’ouverture d’un débat public exigeant sur l’avenir numérique d’Hispaniola.
L’enjeu dépasse largement le spectre : il s’agit de notre indépendance et de notre développement commun.
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